LE MEMORIAL DE SAINTE-HELENE – 18-19/12/1815

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MOUVEMENT BONAPARTISTE

TOUT POUR ET PAR LE PEUPLE
« Pour l’Honneur de la France, pour les intérêts sacrés de l’Humanité »
(Napoléon le Grand, 17 ventôse an VIII – samedi 8 mars 1800)

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Aigle_Empire_MOUVEMENT BONAPARTISTE

Lundi 18, mardi 19 décembre 1815.

HABITUDES ET HEURES DE L’EMPEREUR

SON STYLE AVEC LES DEUX IMPERATRICES

DETAILS

MAXIMES DE L’EMPEREUR SUR LA POLICE

POLICE SECRETE DES LETTRES

DETAILS CURIEUX

L’EMPEREUR POUR UN GOUVERNEMENT FIXE ET MODERE

*

Peu à peu nos heures et nos habitudes se régularisèrent et s’établirent. L’Empereur déjeunait vers les dix heures dans sa chambre, sur un guéridon, parfois il appelait un de nous. A la table de service nous déjeunions à peu près à la même heure ; l’Empereur, pour notre agrément particulier, nous avait laissés libres d’en faire les honneurs et d’y inviter qui bon nous semblerait.

Il n’y avait pas encore d’heures fixes pour la promenade ; la chaleur était très forte dans le jour, l’humidité prompte et grande vers le soir. On annonçait depuis longtemps des chevaux de selle et de voiture venant du cap de Bonne-Espérance ; mais ils n’arrivaient point. L’Empereur travaillait dans la journée avec plusieurs de nous ; il me réservait d’ordinaire pour le temps qui précédait le dîner, lequel n’était guère servi que sur les huit ou neuf heures. Il me faisait donc venir sur les cinq ou six heures avec mon fils ; je n’écrivais ni ne lisais plus, à cause de l’état de mes yeux ; mon fils était venu à bout de me remplacer ; c’était lui qui écrivait ce que l’Empereur dictait ; je n’étais plus là que pour l’aider à se retrouver plus tard dans son griffonnage, ce à quoi je m’étais habitué de manière à pouvoir reproduire, presque littéralement et dans leur entier, toutes les paroles de l’Empereur.

La campagne d’Italie était finie, nous la repassions en entier ; l’Empereur corrigeait ou dictait de nouveau. On dînait, ainsi que je viens de le dire, de huit à neuf heures ; la table était mise dans la première pièce en entrant ; Mme de Montholon était à la droite de l’Empereur, j’étais à gauche ; MM de Montholon, Gourgaud et mon fils étaient dans les parties opposées. La salle avait encore de l’odeur, surtout quand le temps était humide ; et quelque peu qu’il y en eût, c’était encore assez pour incommoder l’Empereur ; aussi nous n’étions pas dix minutes à table. On préparait le dessert dans la pièce voisine qui était le salon ; nous allions nous y remettre à table, on y servait le café ; la conversation se prolongeait, on lisait quelques scènes de Molière, de Racine, de Voltaire ; nous regrettions chaque fois de n’avoir pas Corneille. De là on passait à une table de reversi ; c’était le jeu de l’Empereur au temps de sa jeunesse, disait-il. Ce ressouvenir lui était agréable ; il pensait qu’il pouvait s’en amuser longtemps ; il ne tarda pas à se détromper ; du reste, nous le jouions avec toutes ses variantes, ce qui amenait beaucoup de mouvement ; j’ai vu jusqu’à 15 ou 18.000 fiches de remises. L’Empereur essayait presque à chaque coup de faire le reversi, c’est-à-dire de faire toutes les levées, ce qui est assez difficile, et cela lui réussissait néanmoins souvent : le caractère perce toujours et partout ! On se retirait de dix à onze heures.

Aujourd’hui 19, quand j’aborde l’Empereur, il me donne à lui traduire une libelle qui lui était tombé sous la main. A travers mille inepties, nous arrivons à des lettres privées qu’il adressait à l’impératrice Joséphine, sous la formule solennelle de Madame et chère épouse. Ensuite c’était une combinaison d’espions et d’agens, à l’aide desquels l’Empereur lisait dans l’intérieur de toutes les familles en France, et perçait dans l’obscurité de tous les cabinets de l’Europe. L’Empereur n’a pas voulu aller plus loin, et m’a fait jeter le livre en me disant : « C’est par trop bête ! »

Le fait est que Napoléon, dans ses relations privées, n’a jamais cessé d’écrire très bourgeoisement tu à l’impératrice Joséphine, et ma bonne petite Louise à Marie-Louise.

La première fois que j’ai vu de l’écriture suivie de l’Empereur, c’est à Saint-Cloud, après la bataille de Friedland, entre les mains de l’impératrice Joséphine, qui se plaisait à nous la faire déchiffrer comme des espèces d’hiéroglyphes. Elle portait : « Mes enfans viennent d’illustrer encore une fois ma carrière ; la journée de Friedland s’inscrira dans l’histoire à côté de celles de Marengo, d’Austerlitz et d’Iéna. Tu feras tirer le canon ; Cambacérès fera publier le bulletin… » Plus tard la même faveur me procura la vue de la même écriture, lors du traité de Tilsitt. Elle disait « La reine de Prusse est réellement charmante ; elle est pleine de coquetterie pour moi ; mais n’en sois pas jalouse ; je suis une toile cirée sur laquelle tout cela ne fait que glisser. Il m’en coûterait trop cher pour faire le galant ».

A ce sujet on racontait alors parmi nous, dans le salon de Joséphine, que la reine de Prusse tenant à sa main une fort belle rose, l’Empereur la lui avait demandée, la reine avait d’abord hésité quelques instans, disait-on, puis elle l’avait donnée en disant : « Pourquoi faut-il que je vous donne si facilement, vous qui demeurez inflexible sur tout ce que je vous demande ? » faisant allusion à la place de Magdebourg, qu’elle avait ardemment sollicitée. Circonstance du reste tant soit peu variée, ainsi qu’on pourra s’en convaincre plus tard par le récit même de Napoléon qu’on trouvera par la suite.

Telle était pourtant la nature des rapports privés que des ouvrages anglais d’un certain mérite ont défigurés au point de démontrer l’Empereur comme un tyran farouche, insolent et brutal, prêt à faire violence, à l’aide de ses mamelouks, à cette belle reine, sous les yeux mêmes de son mari malheureux.

Mais voici précisément, sur le même sujet et à la même époque, une lettre authentique, dont je n’ai eu connaissance que depuis peu, et qui achèvera de donner une idée juste du style de Napoléon vis-à-vis de Joséphine, en même temps qu’elle fera connaître des formes aimables, et surtout une sensibilité et une galanterie domestiques qu’amis et ennemis étaient assurément bien loin de soupçonner alors en celui que, par toute l’Europe, la calomnie et le mensonge étaient venus à bout de faire passer pour le plus dur, le plus brutal, le plus insensible des hommes. Cette lettre de Napoléon est une réponse à des observations que lui adressait Joséphine sur le bulletin de la grande armée, qui s’exprimait avec trop peu de ménagement sur la reine de Prusse.

« J’ai reçu la lettre où tu me parais fâchée du mal que je dis des femmes. Il est vrai que je hais les femmes intrigantes au-delà de tout ; je suis accoutumé à des femmes bonnes, douces et conciliantes : ce sont celles que j’aime. Si elles m’ont gâté, ce n’est pas ma faute, mais la tienne. Au reste, tu verras que j’ai été fort bon pour une qui s’est montrée sensible et bonne, Mme de Hatzfeld. Lorsque je lui montrai la lettre de son mari, elle me dit en sanglotant avec une profonde sensibilité et naïvement : c’est bien là son écriture. Son accent allait à l’âme, elle me fit peine, je lui dis : Eh bien ! Madame, jetez cette lettre au feu, je ne serais plus assez puissant pour faire condamner votre mari. Elle brula la lettre, et me parut bien heureuse, son mari est depuis tranquille, deux heures plus tard il était perdu. Tu vois donc que j’aime les femmes bonnes, naïves et douces ; mais c’est que celles-là seules te ressemblent ». 6 novembre 1806, à neuf heures du soir.

Quant à ce grand échafaudage de police et d’espionnage dont parlait le mauvais livre que nous venons de parcourir, échafaudage qui a fait tant de bruit dans le monde à la même époque, quel Etat du continent peut se vanter d’en avoir moins eu que le gouvernement français ? Et cependant quel terrain pouvait en demander plus que la France ! Quelles circonstances le commandaient plus impérieusement ! Tous les pamphlets de l’Europe se sont dirigés sur ce point, pour rendre odieux chez autrui ce qu’ils cherchaient par-là à cacher d’autant plus chez eux. Toutefois, ces mesures, si nécessaires en principe, avilissantes sans doute dans leurs détails, n’ont jamais été traitées que fort en grand par l’Empereur, et toujours après sa maxime constante, qu’il n’y a que ce qui est indispensable qui doive être fait. Je l’ai souvent entendu, au Conseil d’Etat, se faire rendre compte de ces objets, les traiter avec une sollicitude particulière, les corriger, chercher à en prévenir les inconvéniens, créer des commissions de son conseil pour aller visiter les prisons, et lui faire des rapports directs. Employé moi-même dans une mission de cette nature, j’ai pu me convaincre, en effet, de tous les abus, de toutes les vexations des subalternes, mais aussi de toute l’inclination et de l’extrême désir du souverain de les réprimer.

L’Empereur voulait même, disait-il, chercher à relever, aux yeux des peuples, cette branche d’administration que flétrissaient en quelque sorte les préjugés et l’opinion, en la confiant à quelqu’un dont le caractère et la moralité seraient sans reproches. Il fit appeler, en 1810, à Fontainebleau, un de ses conseillers d’Etat. Celui-ci avait été émigré, ou à peu près. Sa famille, sa première éducation, ses premières opinions, tout eût pu le rendre suspect à quelqu’un de plus défiant que l’Empereur. Dans le cours de la conversation, il lui demanda : « Si le comte de Lille se découvrait maintenant à Paris, et que vous fussiez chargé de la police, le feriez-vous arrêter ? – Oui, sans doute, répondit le conseiller d’Etat, parce qu’il aurait rompu son ban, qu’il y serait en opposition à toutes les lois existantes ». Et l’Empereur continuant à poser des questions auxquelles il fut répondu à sa satisfaction, il termina en disant : « Eh bien, retournez à Paris, je vous y fais mon préfet de police ».

Quant au secret des lettres sous le gouvernement de Napoléon, quoiqu’on en ait dit dans le public, on en lisait très peu à la poste, assurait l’Empereur : celles qu’on rendait aux particuliers, ouvertes ou recachetées, n’avaient pas été lues la plupart du temps ; jamais on n’en eût fini. Ce moyen était employé bien plus pour prévenir les correspondances dangereuses que pour les découvrir. Les lettres réellement lues n’en conservaient aucune trace ; les précautions étaient des plus complètes. Il existait depuis Louis XIV, disait l’Empereur, un bureau de police politique pour découvrir les relations avec l’étranger. Depuis ce souverain, les mêmes familles en étaient demeurées en possession ; les individus et leurs fonctions étaient inconnus ; c’était un véritable emploi. Leur éducation s’était achevée à grands frais dans les diverses capitales de l’Europe ; ils avaient leur morale particulière, et se prêtaient avec répugnance à l’examen des lettres de l’intérieur : c’était pourtant eux qui l’exerçaient. Dès que quelqu’un se trouvait couché sur la liste de cette importante surveillance, ses armes, son cachet étaient aussitôt gravés par le bureau, si bien que ses lettres, après avoir été lues, parvenaient néanmoins intactes, et sans aucun indice de soupçon, à leur adresse. Ces circonstances, les graves inconvéniens qu’elles pouvaient amener, les grands résultats qu’elles pouvaient produire, faisaient la principale importance du directeur général des postes, et commandaient dans sa personne beaucoup de prudence, de sagesse et de sagacité.

L’Empereur a donné à ce sujet de grandes louanges à M. Lavalette ; il n’était nullement partisan, du reste, de cette mesure, disait-il ; car, quant aux lumières diplomatiques qu’elle pouvait procurer, il ne pensait pas qu’elles pussent répondre aux dépenses qu’elles occasionnaient : ce bureau coûtait six cent mille francs. Et quant à la surveillance exercée sur les lettres des citoyens, il croyait qu’elle pouvait causer plus de mal que de bien. « Rarement, disait-il, les conspirations se traitent par cette voie ; et quant aux opinions individuelles obtenues par les correspondances épistolaires, elles peuvent devenir plus funestes qu’utiles au prince, surtout avec notre caractère. De qui ne nous plaignons-nous pas avec notre expansion et notre mobilité nationales ? Tel que j’aurai maltraité à mon lever, observait-il, écrira dans le jour que je suis un tyran : il m’aura comblé de louanges la veille, et le lendemain, peut-être, il sera prêt à donner sa vie pour moi. La violation du secret des lettres peut donc faire perdre au prince ses meilleurs amis, en lui inspirant à tort de la méfiance et des préventions ; d’autant plus que les ennemis capables d’être dangereux sont toujours assez rusés pour ne pas s’exposer à ce danger. Il est tel de mes ministres dont je n’ai jamais pu surprendre une lettre ».

Je crois avoir déjà dit qu’au retour de l’île d’Elbe, on a trouvé aux Tuileries une foule de pétitions et de pièces où Napoléon se trouvait fort indécemment mentionné : il les fit brûler. « Elles eussent formé un recueil bien abject, disait l’Empereur. J’eus un moment l’idée d’en insérer quelques-unes dans le Moniteur ; elles auraient dégradé quelques individus, mais n’eussent rien appris sur le cœur humain : les hommes sont toujours les mêmes ! »

L’Empereur, du reste, était loin de connaître tout ce que la police exécutait en son nom sur les écrits et sur les individus : il n’en avait ni le temps ni les moyens. Aussi tous les jours apprend-il de nous, ou par des pamphlets qui lui tombent sous la main, des arrestations d’individus ou des suppressions d’ouvrages qui sont tout à fait neuves pour lui.

En parlant des ouvrages cartonnés ou défendus par la police, sous son règne, l’Empereur disait que n’ayant rien à faire à l’île d’Elbe, il s’y était amusé à parcourir quelques-uns de ces ouvrages, et souvent il ne concevait pas les motifs que la police avait eus dans la plupart des prohibitions qu’elle avait ordonnées.

De là il est passé à discuter la liberté ou la limitation de la presse. C’est, selon lui, une question interminable et qui n’admet point de demi-mesure. Ce n’est pas le principe en lui-même, dit-il, qui apporte la grande difficulté, mais bien les circonstances sur lesquelles on aura à faire l’application de ce principe pris dans le sens abstrait. L’Empereur serait même par nature, disait-il, pour la liberté illimitée.

C’est sous ce même point de vue, et avec les mêmes raisonnemens, que je l’ai vu constamment traiter ici toutes les grandes questions ; aussi Napoléon a-t-il vraiment été et doit-il demeurer, avec le temps, le type, l’étendard et le prince des idées libérales : elles sont dans son cœur, dans ses principes, dans sa logique. Si parfois ses actions semblent s’en être écartées, c’est que les circonstances l’ont impérieusement maîtrisé. En voici une preuve que j’acquis dans le temps, et que j’ n’appréciais pas alors autant qu’aujourd’hui.

Causant à l’écart dans un de ces cercles du soir aux Tuileries, avec trois ou quatre personnes de la cour groupées autour de lui, ainsi que cela arrivait souvent, il termina une grande question politique par ces paroles remarquables : « Car, moi aussi, je suis foncièrement et naturellement pour un gouvernement fixe et modéré ». Et comme la figure d’un des interlocuteurs lui exprimait quelque surprise : « Vous ne le croyez pas, continua-t-il ; pourquoi ? Est-ce parce que ma marche ne semble point d’accord avec mes paroles ? Mais, mon cher, que vous connaîtriez peu les choses et les hommes ! la nécessité du moment n’est-elle donc rien à vos yeux ? Je n’aurais qu’à relâcher les rênes, et vous verriez un beau tapage ; ni vous ni moi ne coucherions peut-être pas après-demain aux Tuileries ».

A propos mouvementbonapartiste

JOURNAL OFFICIEL DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE 6 février 2010 1016 - * Déclaration à la préfecture de Meurthe-et-Moselle. MOUVEMENT BONAPARTISTE Objet : défendre, faire connaître et étendre les principes et valeurs du Bonapartisme. Il s’appuie sur l’adhésion populaire à une politique de redressement conjuguant les efforts des particuliers, associations et services de l’État. Le mouvement défend les principes bonapartistes sur lesquels il est fondé, et qui régissent son fonctionnement intérieur. Il défend également la mémoire de Napoléon le Grand, ainsi que celle de Napoléon III et de leurs fils, Napoléon II et Napoléon IV. Il reconnait Napoléon IV comme ayant régné sans avoir gouverné, en vertu du plébiscite de mai 1870. Le mouvement ne reconnait pas d’empereur après 1879, en vertu de l’absence de plébiscite. Républicain, il privilégie le bonheur, les intérêts et la gloire des peuples, et n’envisage de rétablissement de l’Empire que si les fondements en sont républicains et le régime approuvé par voie référendaire.
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