LE MEMORIAL DE SAINTE-HELENE – 21-22/11/1815

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MOUVEMENT BONAPARTISTE

TOUT POUR ET PAR LE PEUPLE
« Pour l’Honneur de la France, pour les intérêts sacrés de l’Humanité »
(Napoléon le Grand, 17 ventôse an VIII – samedi 8 mars 1800)

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Aigle_Empire_MOUVEMENT BONAPARTISTE

Mardi 21, mercredi 22 novembre 1815

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MA CONDUITE DURANT L’ÎLE D’ELBE

 

L’Empereur, aux questions duquel j’avais répondu souvent sur la ligne de conduite d’un grand nombre de ses ministres, des membres de son conseil, des officiers de sa maison, durant son éloignement de l’île d’Elbe, m’a entrepris à mon tour à ce sujet, me disant : « Mais vous-même, mon cher, qu’avez-vous fait sous le roi ? Que vous est-il arrivé durant tout ce temps ? Allons, un rapport là-dessus, vous savez que c’est ma manière ; c’est la seule pour bien classer ce que l’on dit et ce que l’on veut apprendre, et puis ce sera un article de plus pour votre journal. Eh ! ne voyez-vous pas, ajouta-t-il en riant, que vos biographes n’auront qu’à prendre ? ils trouveront tout fait ».

« – Sire, le voici mot à mot ; j’ai bien peu à dire. Je commandais, au 31 mars, la dixième légion de Paris, celle du Corps Législatif. Nous perdîmes, dans la journée, un assez bon nombre d’hommes. Dans la nuit, j’appris la capitulation ; j’écrivis à celui qui me suivait que je lui remettais ma légion ; qu’à titre de membre du Conseil d’Etat, j’avais antérieurement eu ordre de me rendre ailleurs, mais que je n’avais pas voulu quitter ma légion au moment du danger ; que ce qui venait d’arriver changeait les circonstances, j’allais courir à de nouveaux devoirs.

« Au point du jour, je me jetai sur la route de Fontainebleau, au milieu des débris de Marmont et de Mortier. J’étais à pied ; mais je comptais acheter facilement un cheval. J’éprouvai bientôt que des soldats en retraite ne sont ni justes ni aimables ; mon uniforme de garde nationale, dans ce moment de désastre, était honni, ma personne maltraitée. Au bout d’une heure de marche, harassé de fatigue et de deux ou trois nuits blanches, n’apercevant autour de moi aucune figure de connaissance, sans apparence de pouvoir me procurer un cheval, je pris le parti de rentrer tristement dans la capitale.

« La garde nationale fut commandée pour orner l’entrée triomphale des ennemis ; elle était menacée de fournir un service d’honneur auprès des souverains qui nous avaient vaincus. Je résolus d’être absent de ma demeure ; j’avais mis ma femme et mes enfans en sûreté hors de Paris, une ou deux semaines auparavant, et j’allai demander l’hospitalité pour quelques jours à un ami. Je ne sortis plus que sous une mauvaise redingote, courant les rues, les cafés, les places publiques, les groupes : j’avais à cœur d’observer les hommes et les choses, et surtout de connaître le véritable esprit du peuple. Que de choses, dans cette situation, dont je fus le témoin !

« Je vis, autour du logement de l’empereur de Russie, des hommes distingués par leur rang, et se disant Français, s’évertuer en cent façons au milieu de la multitude, pour l’amener à crier : Vive Alexandre ! notre libérateur !

« Je vis, Sire, votre statue de la place Vendôme fatiguer, épuiser tous les efforts de quelques misérables de la lie du peuple, soldés par des gens d’un grand nom.

« Enfin je vis, à l’un des coins de cette même place Vendôme, devant l’hôtel du commandant de la place, un officier de votre maison, le soir même du premier jour, vouloir débaucher de jeunes conscrits pour un tout autre service que le vôtre, et recevoir d’eux des leçons qui eussent dû le faire rougir, s’il en eût été susceptible.

« Nul doute que ceux dont je parle ici ne prononçassent que je me trouvais en ce moment au milieu de la canaille ; et pourtant je dois à la vérité de dire que du moins ce n’était pas du tout de ce côté que partaient les turpitudes du jour. Leurs actes étaient loin d’y obtenir l’approbation ; ils s’y trouvaient censurés, au contraire, par la droiture, la générosité, les sentimens nobles, descendus sur la place publique. Quels reproches je pourrais faire entendre, si je répétais tout ce qui fut dit à cet égard !

« Votre Majesté abdiqua ; j’avais refusé ma signature à l’adhésion du Conseil d’Etat ; je crus alors, je ne sais trop pourquoi, devoir y suppléer par une adhésion additionnelle. Le Moniteur était plein chaque jour de pareilles pièces ; mais la mienne ne mérita pas les honneurs de l’impression, elle fut même refusée.

« Enfin, le roi arriva, c’était désormais notre souverain. Un jour fut indiqué par lui pour recevoir ceux qui avaient eu l’honneur d’être présentés à Louis XVIII ; j’allai aux Tuileries jouir de cette prérogative. Que ne me dirent-ils pas ces murs, naguère encore si pleins de votre gloire et de votre puissance ! Et pourtant je me présentais sincèrement et de bonne foi ; je n’y voyais pas assez loin pour penser que vous dussiez jamais y reparaître.

« Les députations au roi se multiplièrent à l’infini : une réunion de toute l’ancienne marine eut son jour. Je répondis à celui qui me le transmettait qu’aucun n’avait plus à cœur de se réunir à ses anciens camarades ; qu’il ne serait pas parmi eux des vœux plus sincères que les miens ; mais que les emplois que j’avais remplis me plaçaient dans une situation particulière et délicate, qui m’imposait la prudence de ne pas me trouver où le zèle d’un président pourrait employer des expressions que je ne pouvais, ni ne devais, ni ne voulais approuver de ma pensée et de ma présence.

« Plus tard, en dépit de mon chagrin et de mon dégoût, je voulus pourtant, à la sollicitation d’anciens amis, songer à faire quelque chose : on recomposait le Conseil d’Etat, beaucoup de membres du dernier me dirent qu’en dépit de mes conjectures récentes sur ce point, rien pourtant n’était plus facile que de s’y faire conserver ; qu’ils y avaient réussi seulement en allant trouver le chancelier de France. Je ne me sentis pas le courage de dérober à Sa Grandeur un seul de ses momens, et je me contentai de lui écrire que j’avais été maître des requêtes au dernier Conseil d’Etat ; que si ce n’était pas un motif d’exclusion pour faire partie du nouveau, je le priais de me placer sous les yeux du roi comme conseiller d’Etat. Je ne me ferais pas, disais-je, un titre à ses yeux de onze ans d’émigration, ni de la perte de mon patrimoine dans la cause du roi ; je n’avais fait, dans ce temps, que ce que j’avais cru alors mon devoir, et que toutes les fois que je m’en étais connu, je les avais remplis fidèlement jusqu’à leur extinction. Cette phrase me priva, comme on le pense, même de l’honneur d’une réponse.

« Cependant la nouvelle situation de Paris, la vue des étrangers, les acclamations de tous genres me  trop malheureux, et je suivis, comme un trait de lumière, la pensée d’aller à Londres passer quelque temps auprès d’anciens amis capables de me procurer toutes les consolations dont je pouvais être susceptible ; mais il me sembla que je retrouverais à Londres le même spectacle et les mêmes acclamations qui m’avaient mise en fuite de Paris, et c’était vrai. Tout y était fêtes, réjouissances, spectacles, au sujet de leur triomphe et de notre abaissement.

« Pendant que je m’y trouvais encore, on fit à Paris la nouvelle organisation de la marine ; un de mes anciens camarades, que j’avais perdu de vue depuis long-temps, le chevalier de Grimaldi, se trouvait membre du comité de l’organisation nouvelle ; il passa chez moi, dit à ma femme qu’il y était conduit par la surprise de n’avoir pas trouvé mes réclamations ; que la loi me donnait le droit de rentrer dans le corps, ou d’avoir ma retraite avec pension déjà fixée ; qu’elle devait me décider là-dessus, et s’en reposer sur son amitié, bien que le terme touchât à sa fin. Je fus plus sensible à cette marque d’affection qu’à la faveur qu’elle cherchait à me procurer. Toutefois j’écrivis au comité qu’ayant à cœur de pouvoir porter un habit qui m’était cher, je le priais de me faire accorder le titre de capitaine de vaisseau honoraire ; que quant à la pension, j’y renonçais, ne m’y croyant aucun droit.

« Je revins à Paris ; la divergence des opinions, l’irritation des esprits m’y parurent extrêmes. Depuis long-temps je m’étais fort retiré du monde ; je me confinai en ce moment uniquement dans mon ménage, au milieu de ma femme et de mes enfans : jamais je n’avais été meilleur mari ni meilleur père, et peut-être aussi ne fus-je jamais aussi heureux.

«  Un jour je lus, dans le Journal des Débats, l’extrait d’un ouvrage de M. Alphonse de Beauchamp, donnant le nom de quelques gentilshommes réunis le 31 mars sur la place Louis XV pour provoquer à la royauté ; le mien s’y trouvait : il était en bonne compagnie sans doute ; mais enfin je ne méritais rien de pareil, et j’avais beaucoup à perdre dans l’estime d’une foule de gens, s’ils avaient pu le croire. J’écrivis donc pour prier de relever cette erreur qui m’attirait des félicitations qui ne m’étaient pas dues. Je m’étais rendu cette démarche impossible, disais-je, quelque attrait qu’elle eût pu me présenter. Commandant d’une légion de la garde nationale, j’avais contracté des engagemens dont aucune affection sur la terre n’aurait pu me dégager, etc. J’envoyai ma lettre au député que j’aimais beaucoup ; c’était l’un des propriétaires du journal, il ne voulut pas se prêter à sa publication par pure bienveillance ; je l’adressai au rédacteur ; il ne l’inséra pas par différence d’opinion.

« Cependant la disposition des esprits annonçait une catastrophe inévitable et prochaine ; tout faisait présager aux Bourbons le sort des Stuarts. Ma femme et moi nous lisions chaque soir cette époque fameuse décrite par Hume ; nous l’avions commencée à Charles Ier, et Votre Majesté parut avant que nous eussions pu atteindre Jacques II ». (Ici l’Empereur ne put s’empêcher de rire).

« Ce fut pour nous, continuai-je, un grand sujet de saisissement et d’anxiété que votre marche et votre arrivée. J’étais loin de prévoir l’honorable exil qu’elle devait me valoir par la suite, d’autant plus que j’étais alors peu connu de Votre Majesté, et que les circonstances, nées de l’événement même, m’y ont seules conduit. Si j’avais occupé le moindre emploi sous le roi, si même l’on m’eût vu souvent aux Tuileries, ce qui eût été très simple et fort légitime, je n’eusse pas paru de long-temps devant Votre Majesté ; non que je me fusse rien reproché, ou que mes vœux pour vous n’eussent été bien tendres, mais parce que je n’eusse pas voulu passer pour un meuble de cour, ou sembler toujours prêt à encenser le pouvoir partout où il se présente : j’eusse attendu de l’emploi, au lieu de me précipiter pour en obtenir. Mais ici je me trouvais tellement libre, tout en moi était en si parfaite harmonie, qu’il me semblait que je faisais partie de ce grand événement. Je courus donc avec ardeur vers le premier regard de Votre Majesté, je me trouvais des droits à toute sa bienveillance et à toutes ses faveurs. Au retour de Waterloo, les mêmes sentimens et le même zèle m’ont porté, aussitôt et spontanément, auprès de votre personne ; je ne l’ai plus quittée. Et si je ne suivis alors que sa gloire publique, je suivrais aujourd’hui ses qualités personnelles ; et s’il est vrai qu’il m’en a coûté alors quelque sacrifice, je m’en trouve aujourd’hui payé au centuple par le bonheur de pouvoir vous le dire.

« Du reste, il serait difficile de peindre mon extrême dégoût de toutes choses durant les dix mois de votre absence : le mépris absolu des hommes et des vanités de ce monde, toutes les illusions détruites ; chaque chose me semblait sans couleur ; tout me paraissait fini, ou mériter à peine qu’on y attachât le moindre prix. J’avais reçu la croix de Saint-Louis dans l’émigration ; une ordonnance voulait qu’on la légitimât par un brevet nouveau. Je ne me sentis pas la force d’en faire la demande. Une autre ordonnait qu’on se fit confirmer les titres donnés par Votre Majesté : il me demeura indifférent de compromettre ceux que j’avais reçus sous l’Empire. Enfin l’on m’écrivit du ministère de la marine que mon brevet de capitaine de vaisseau venait d’y arriver, et il y est encore.

« L’absence de Votre Majesté fut pour moi un veuvage dont je n’avais dissimulé à personne ni les regrets ni la douleur ; aussi j’en recueillis le fruit à votre retour, dans le témoignage de ceux qui vous entouraient, et de qui j’étais à peine connu auparavant. Au premier lever de Votre Majesté, celui qui dirigeait par intérim les relations extérieurs, M. de Hauterive, sortant d’auprès de vous, me prit dans une embrasure de fenêtre pour me dire de graisser mes bottes, qu’on allait peut-être me faire faire un voyage ; il venait de me proposer, me disait-il, à Votre Majesté, ajoutant qu’il m’avait présenté comme fou, mais fou d’elle. Je désirai savoir de quel lieu il s’agissait ; c’était ce qu’il ne voulait ni ne pouvait me dire. J’ai su plus tard que c’était pour Londres.

« M. Regnault de Saint-Jean-d’Angely me mit sur la liste des commissions impériaux que Votre Majesté envoyait dans les départemens. Je l’assurai que j’étais prêt à tout ; je lui fis observer seulement que, noble et émigré, il suffisait de ces deux mots prononcés par le premier venu pour m’annuler au besoin en tout temps et en tout lieu. Il trouva mon observation juste, et n’y pensa plus.

« Un sénateur, M. Roederer, me demanda à Votre Majesté pour la préfecture de Metz, sa ville natale, sollicitant même de moi ce sacrifice, pour trois mois seulement, disait-il, afin de concilier les esprits et de mettre les choses en bon train. Enfin Decrès et le duc de Bassano me proposèrent pour conseiller d’Etat, et le troisième jour de son arrivée Votre Majesté en avait déjà signé le décret ».

 

A propos mouvementbonapartiste

JOURNAL OFFICIEL DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE 6 février 2010 1016 - * Déclaration à la préfecture de Meurthe-et-Moselle. MOUVEMENT BONAPARTISTE Objet : défendre, faire connaître et étendre les principes et valeurs du Bonapartisme. Il s’appuie sur l’adhésion populaire à une politique de redressement conjuguant les efforts des particuliers, associations et services de l’État. Le mouvement défend les principes bonapartistes sur lesquels il est fondé, et qui régissent son fonctionnement intérieur. Il défend également la mémoire de Napoléon le Grand, ainsi que celle de Napoléon III et de leurs fils, Napoléon II et Napoléon IV. Il reconnait Napoléon IV comme ayant régné sans avoir gouverné, en vertu du plébiscite de mai 1870. Le mouvement ne reconnait pas d’empereur après 1879, en vertu de l’absence de plébiscite. Républicain, il privilégie le bonheur, les intérêts et la gloire des peuples, et n’envisage de rétablissement de l’Empire que si les fondements en sont républicains et le régime approuvé par voie référendaire.
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