LE MEMORIAL DE SAINTE-HELENE – 07/08/1815

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MOUVEMENT BONAPARTISTE

TOUT POUR ET PAR LE PEUPLE
« Pour l’Honneur de la France, pour les intérêts sacrés de l’Humanité »
(Napoléon le Grand, 17 ventôse an VIII – samedi 8 mars 1800)

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Lundi 7 août 1815

CONVERSATION AVEC LORD KEITH
VISITE DES EFFETS DE L’EMPEREUR
L’EMPEREUR QUITTE LE BELLEROPHON
SEPARATION
APPAREILLAGE POUR SAINTE-HELENE

L’Empereur adresse à Lord Keith une espèce de protestation nouvelle, sur la violence qu’on faisait à sa personne en l’arrachant du Bellérophon : je vais la porter à bord du Tonnant. L’amiral Keith, très-beau vieillard et de manières parfaites, m’y reçut avec une extrême politesse, mais il évita soigneusement de traiter le sujet, disant qu’il ferait réponse par écrit.

Cela ne m’arrêta pas, j’exposai l’état actuel de l’Empereur ; il était très souffrant, ses jambes enflaient, et je témoignai à lord Keith qu’il serait désirable pour l’Empereur de ne pas appareiller immédiatement. Il me répondit que j’avais été marin, et que je devais voir que son mouillage était critique ; ce qui était vrai.

Je lui exprimai la répugnance de l’Empereur de savoir ses effets fouillés et visités, ainsi que cela venait d’être déclaré, l’assurant qu’il les verrait sans regret jeter préférablement à la mer. Il me répondit que c’était un ordre qui lui était prescrit et qu’il ne pouvait enfreindre.

Enfin je lui demandai s’il serait bien possible qu’on pût en venir au point d’arracher à l’Empereur son épée. Il répondit qu’on la respecterait ; mais que Napoléon serait le seul, et que tout le reste serait désarmé. Je lui montrai que déjà je l’étais : on m’avait ôté mon épée pour me rendre à son bord.

Un secrétaire, qui travaillait à l’écart, fit observer à lord Keith, en anglais, que l’ordre portait que Napoléon lui-même serait désarmé ; sur quoi l’amiral lui répliqua sèchement, en anglais aussi, et autant que j’ai pu en saisir : « Monsieur, occupez-vous de votre travail, laissez-nous à nos affaires ».

Continuant toujours, je passai en revue tout ce qui nous était arrivé. J’avais été le négociateur, disais-je, je devais être le plus peiné ; j’avais le plus de droit d’être entendu. Lord Keith m’écoutait avec une impatience marquée ; nous étions debout, et à chaque instant ses saluts cherchaient à me congédier. Lorsque j’en fus à lui dire que le capitaine Maitland s’était dit autorisé à nous conduire en Angleterre, sans nous laisser soupçonner qu’il nous faisait prisonniers de guerre ; que ce capitaine ne saurait nier sans doute que nous étions venus librement et de bonne foi ; que la lettre de l’Empereur au prince de Galles, dont j’avais préalablement donné connaissance au capitaine Maitland, avait dû nécessairement créer des conditions tacites, dès qu’il n’y avait fait aucune observation ; alors la mauvaise humeur de l’amiral, sa colère même, percèrent tout à fait ; il me dit avec vivacité que dans ce cas le capitaine Maitland aurait été une bête ; car ses instructions n’étaient rien de tout cela, et qu’il en était bien sûr, puisque c’était de lui qu’il les tenait. « Mais, Milord, observai-je en défense du capitaine Maitland, Votre Seigneurie s’exprime ici avec une sévérité dont peut-être elle pourrait être elle-même responsable ; car non seulement le capitaine Maitland, mais encore l’amiral Hotham et tous les officiers que nous vîmes alors, se sont conduits, exprimés de la même manière vis-à-vis de nous : aurait-il pu en être ainsi su leurs instructions avaient été si claires et si positives ? » Et je le délivrai de moi ; aussi bien il ne tenait plus à voir se prolonger un sujet qui probablement, dans son for intérieur, n’était pas sans quelque délicatesse pour lui.

Un officier des douanes et l’amiral Cockburn firent la visite des effets de l’Empereur : ils saisirent quatre mille napoléons, et en laissèrent quinze cents pour payer les gens : c’était là tout le trésor de l’Empereur.

L’amiral parut singulièrement mortifié du refus de chacun de nous de l’assister contradictoirement dans son opération, bien nous en fussions requis. Ce qui lui démontrait suffisamment combien cette mesure nous paraissait outrageante pour l’Empereur, et peu honorable pour celui qui l’exécutait.

Cependant le moment de quitter le Bellérophon était arrivé. L’Empereur était enfermé depuis long–temps avec le grand-maréchal ; nous étions dans la pièce qui précédait ; la porte s’ouvre ; le duc de Rovigo, fondant en larmes, sanglotant, se précipite aux pieds de l’Empereur ; il lui baisait les mains. L’Empereur, calme, impassible, l’embrassa, et se mit en route pour gagner le canot. Chemin faisant, il saluait gracieusement de la tête ceux qui étaient sur son passage. Tous ceux des nôtres que laissions en arrière étaient en pleurs ; je ne pus m’empêcher de dire à lord Keith, avec qui je causais en ce moment : « Vous observez, Milord, qu’ici ceux qui pleurent sont ceux qui restent ».

Nous gagnâmes le Northumberland ; il était une ou deux heures. L’Empereur resta sur le pont, et causa volontiers et familièrement avec les Anglais qui s’en approchèrent.

Lord Lowther et un M. Littleton eurent avec lui une conversation longue et suivie sur la politique et la haute administration. Je n’en ai rien entendu, l’Empereur semblant avoir désiré que nous le laissassions à lui-même ; mais il s’est plaint plus tard, à la lecture des journaux anglais qui rendaient compte de cette conversation, que ses paroles avaient été étrangement défigurées.

Au moment d’appareiller, un cutter, qui rôdait autour du vaisseau pour en éloigna les curieux, coula, très près de nous, un bateau rempli de spectateurs. La fatalité les avait amenés de fort loin pour être victimes ; deux femmes, m’a-t-on dit, y ont péri. Enfin nous mettons sous voiles pour Sainte-Hélène, treize jours après notre arrivée à Plymouth et quarante après notre départ de Paris.

Ceux des nôtres que l’Empereur n’avait pu emmener sont les derniers à quitter le vaisseau, emportant des témoignages de sa satisfaction et de ses regrets. Ce furent encore bien des pleurs, et une dernière scène fort touchante. L’Empereur s’est retiré, vers sept heures, dans la chambre qui lui avait été destinée.

Les ministres anglais avaient fort blâmé le respect qu’on avait témoigné à l’Empereur à bord du Bellérophon : ils avaient donné des ordres en conséquence ; aussi, affectait-on, à bord du Northumberland, des expressions et des manières toutes différentes : on s’empressait ridiculement surtout de se recouvrir devant lui ; il avait été sévèrement enjoint de ne lui donner d’autre qualification que celle de général, et de ne le traiter qu’à l’avenant. Tel fut l’ingénieux biais, l’heureuse conception qu’enfanta la diplomatie des ministres d’Angleterre, tel fut le titre qu’ils imaginèrent de donner à celui qu’ils avaient reconnu comme premier consul ; qu’ils avaient si souvent qualifié du chef du gouvernement français, avec lequel ils avaient traité comme Empereur à Paris, lors de lord Lauderdale, et peut-être même signé des articles à Châtillon. Aussi, dans un moment d’humeur, échappa-t-il à l’Empereur de dire en expressions fort énergiques : « Qu’ils m’appellent comme ils voudront, ils ne m’empêcheront pas d’être moi ». Il était en effet bizarre et surtout ridicule de voir les ministres anglais mettre une haute importance à ne donner que le titre de général à celui qui avait gouverné l’Europe, y avait fait sept à huit rois, dont plusieurs retenaient encore ce titre de sa création ; qui avait été plus de dix ans Empereur des Français, avait été oint et sacré en cette qualité par le chef suprême de l’Eglise ; qui comptait deux ou trois élections du peuple français à la souveraineté ; qui avait été reconnu Empereur par tout le continent de l’Europe, avait traité comme tel avec tous les souverains, et conclu, avec eux tous, des alliances de sang et d’intérêts : il réunissait donc sur sa personne la totalité des titres religieux, civils et politiques qui existent parmi les hommes, et que, par une singularité bizarre, mais vraie, aucun des princes régnant en Europe n’eût pu montrer accumulée de la sorte sur le premier, le chef, le fondateur de sa dynastie. Toutefois l’Empereur, qui avait eu l’intention de prendre un nom d’incognito, en débarquant en Angleterre, celui de colonel Duroc ou Muiron, n’y songea plus dès qu’on s’obstina à lui disputer ses vrais titres.

A propos mouvementbonapartiste

JOURNAL OFFICIEL DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE 6 février 2010 1016 - * Déclaration à la préfecture de Meurthe-et-Moselle. MOUVEMENT BONAPARTISTE Objet : défendre, faire connaître et étendre les principes et valeurs du Bonapartisme. Il s’appuie sur l’adhésion populaire à une politique de redressement conjuguant les efforts des particuliers, associations et services de l’État. Le mouvement défend les principes bonapartistes sur lesquels il est fondé, et qui régissent son fonctionnement intérieur. Il défend également la mémoire de Napoléon le Grand, ainsi que celle de Napoléon III et de leurs fils, Napoléon II et Napoléon IV. Il reconnait Napoléon IV comme ayant régné sans avoir gouverné, en vertu du plébiscite de mai 1870. Le mouvement ne reconnait pas d’empereur après 1879, en vertu de l’absence de plébiscite. Républicain, il privilégie le bonheur, les intérêts et la gloire des peuples, et n’envisage de rétablissement de l’Empire que si les fondements en sont républicains et le régime approuvé par voie référendaire.
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