LE MÉMORIAL DE SAINTE-HÉLÈNE – 1816/01/15+16+17

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MOUVEMENT BONAPARTISTE

TOUT POUR ET PAR LE PEUPLE
« Pour l’Honneur de la France, pour les intérêts sacrés de l’Humanité »
(Napoléon le Grand, 17 ventôse an VIII – samedi 8 mars 1800)

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Lundi 15 janvier 1816.

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SUR L’HISTOIRE SECRÈTE DU CABINET DE BONAPARTE, PAR GOLDSMITH

DÉTAILS

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J’avais entendu parler à bord du vaisseau, de l’Histoire secrète du cabinet de Bonaparte, par Goldsmith, et au premier moment de loisir ici j’avais eu la fantaisie de le parcourir ; mais j’ai eu beaucoup de peine à me le procurer, les Anglais s’en défendirent longtemps ; ils disaient que c’était un si abominable libelle, qu’ils n’osaient me le mettre dans les mains : ils en avaient honte eux-mêmes, disaient-ils. Il me fallut insister longtemps ; leur répéter maintes fois que nous étions tous cuirassés sur de pareilles gentillesses ; que celui-ci même qui en était l’objet ne faisait qu’en rire quand le hasard les lui plaçait sous la main ; et puis si cet ouvrage était si mauvais qu’on le disait, il manquait son but, il cessait de l’être. Je demandais ce que c’était que ce Goldsmith, son auteur. C’était un Anglais, me disait-on, qui avait longtemps desservi son pays à Paris pour de l’argent, et qui, de retour en Angleterre, cherchait à échapper au châtiment et à gagner encore quelque argent, en accablant d’injures et d’imprécations l’idole qu’il avait longtemps encensée. J’obtins enfin cet ouvrage. Il faut en convenir, il est difficile d’amasser de plus horribles et de plus ridicules vilenies que n’en présentent ses premières pages : le viol, l’empoisonnement, l’inceste, l’assassinat et tout ce qui s’ensuit sont accumulés par l’auteur sur son héros, et cela dès la plus tendre enfance. Il est vrai qu’il importe peu à l’auteur, à ce qu’il semble, de les rendre croyables, et qu’il les détruit par les anachronismes, les alibis, les contradictions de toute espèce ; les méprises des noms, des personnes, des faits les plus authentiques, etc. Ainsi, lorsque Napoléon n’avait encore que dix à douze ans, et se trouvait sous les barreaux de son école militaire, il lui fait commettre des attentats qui demanderaient du moins l’âge viril et une certaine liberté. L’auteur lui fait entreprendre ce qu’il appelle ses brigandages d’Italie à la tête de huit mille galériens échappés des bagnes de Toulon. Plus tard, il fait abandonner les rangs autrichiens à vingt mille Polonais, qui passent sous les drapeaux du général français, etc. Le même auteur fait venir Napoléon en fructidor à Paris, quand tout le monde sait qu’il ne quitta jamais son armée. Il le fait traiter avec le prince de Condé, et demander Madame Royale en mariage, pour prix de sa trahison. Je passe une foule de choses d’une aussi absurde impudence. Il est évident que pour la partie surtout des anecdotes sales ou ridicules, il n’a fait qu’entasser tout ce qu’il a entendu ; mais encore, à quelle source a-t-il été puiser ? La plupart de ces traits ont pris certainement naissance dans certains cercles fort malveillants de Paris ; mais encore sur ce terrain, avaient-ils un certain esprit, du sel, du mordant, certaines couleurs dans l’apparence, certaines grâces dans la diction ; ici ces traits sont déjà descendus des salons dans la rue ; ils n’ont été recueillis qu’après avoir roulé dans le ruisseau. Les Anglais convenaient que c’était si fort, qu’à l’exception des classes les plus vulgaires, cet ouvrage avait été un poison qui portait son antidote avec lui.

A présent on s’étonnera peut-être que, dès les premières pages, je n’aie pas repoussé une pareille production. Mais c’est si grossièrement méchant, que cela ne saurait exciter la colère ; d’un autre côté, il n’est point de dégoût que ne fasse surmonter l’oisiveté de Sainte-Hélène, on est heureux d’y avoir quelque chose à parcourir. Nous n’avons de trop ici que du temps, disait très plaisamment l’Empereur il y a peu de jours : j’ai donc continué ; et puis, le dirai-je, ce n’est pas sans quelque plaisir que je lis désormais les contes absurdes, les mensonges, les calomnies qu’un auteur tient toujours, comme de coutume, de la meilleure autorité, sur des objets que je connais aujourd’hui si parfaitement moi-même, qui me sont devenus aussi familiers que les détails de ma propre vie. Comme aussi je trouve quelque charme à laisser des pages remplies des couleurs les plus fausses, un portrait purement fantastique, pour venir étudier la vérité aux côtés du personnage réel, dans sa propre conversation pleine de choses toujours neuves, toujours grandes.

Ce matin l’Empereur m’ayant fait venir après son déjeuner, je l’ai trouvé en robe de chambre, étendu sur son canapé. La conversation l’a conduit à me demander quelle était ma lecture du moment. J’ai répondu que c’était un des plus fameux, des plus sales libelles publiés contre lui, et je lui ai cité à l’instant quelques-uns des traits les plus abominables. Il en riait beaucoup et a voulu voir l’ouvrage ; je l’ai fait venir ; nous l’avons parcouru ensemble. En tombant d’horreurs en horreurs, il s’écriait : Jésus !… Jésus !… se signait ; geste que je me suis aperçu lui être familier dans sa petite intimité, lorsqu’il rencontre des assertions monstrueuses, imprudentes, cyniques, qui excitent son indignation ou sa surprise, sans le porter à la colère. Chemin faisant l’Empereur analysait certains faits, redressait des points dont l’auteur avait su quelque chose. Parfois il haussait les épaules de pitié, parfois il riait de bon cœur ; jamais il ne montra le moindre signe d’humeur. Quand il lut l’article de ses nombreuses débauches, les violences, les outrages qu’on lui faisait commettre, il observa que l’auteur avait voulu sans doute en faire un héros sous tous les rapports ; qu’il le livrait du reste à ceux qui voulaient le faire impuissant ; que c’était à ces messieurs à s’accorder ensemble, ajoutant gaiement que tout le monde n’était pas aussi malheureux que le plaideur de Toulouse. Toutefois on avait tort, disait-il, de l’attaquer sur ses mœurs, lui que tout le monde savait les avoir singulièrement améliorées partout où il avait gouverné ; on ne pouvait ignorer que son naturel ne le portait pas à la débauche ; la multitude de ses affaires ne lui aurait pas d’ailleurs laissé le temps. Arrivé aux pages où sa mère était peinte à Marseille sous le rôle le plus dégoûtant et le plus abject, il s’est arrêté répétant plusieurs fois, avec l’accent de l’indignation et d’une demi-douleur : « Ah ! Madame !… Pauvre Madame !… Avec toute sa fierté !… Si elle lisait ceci !… Grand Dieu !… »

Nous avons passé ainsi plus de deux heures, au bout desquelles il s’est mis à sa toilette ; on a introduit le docteur O’Meara, c’était l’heure à laquelle d’ordinaire il était admis. « Dottore, lui dit-il, en italien, toute en faisant sa barbe, je viens de lire une de vos belles productions de Londres contre moi ». La figure du docteur demandait ce que c’était ; je lui fis voir le livre de loin ; c’était précisément lui qui me l’avait prêté, il était déconcerté. « On a bien raison de dire, continuait l’Empereur, qu’il n’y a que la vérité qui offense ; je n’ai pas été fâché un instant ; mais j’ai ri souvent ». Le docteur cherchait à répondre et s’entortillait dans de grandes phrases : c’était un libelle infâme, dégoûtant, tout le monde le savait, personne n’en faisait de cas ; toutefois quelques-uns pouvaient le croire, faute d’y avoir répondu. « Mais que faire à cela ? disait l’Empereur. S’il entrait dans la tête de quelqu’un d’imprimer qu’il m’est venu du poil, et que je marche ici à quatre pattes, il est des gens qui le croiraient, et diraient que c’est Dieu qui m’a puni comme Nabuchodonosor. Et que pourrai-je faire ? Il n’y a aucun remède à cela ». Le docteur sortit, concevant à peine la gaieté, l’indifférence, le naturel dont il venait d’être témoin ; pour nous, nous y étions désormais accoutumés.

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Mardi 16 janvier 1816

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L’EMPEREUR SE DÉCIDE À APPRENDRE L’ANGLAIS

PREMIÈRE LEÇON D’ANGLAIS, ETC

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Sur les trois heures, l’Empereur m’a fait venir pour causer pendant qu’il faisait sa toilette ; nous avons été ensuite faire quelques tours dans le jardin. Il est venu à remarquer qu’il était honteux qu’il ne sût pas encore lire l’anglais. Je l’ai assuré que, s’il avait continué, après les deux leçons que je lui avais données aux environs de Madère, il lirait aujourd’hui toute espèce de livre anglais. Il en demeurait convaincu, et m’a commandé alors de le forcer chaque jour à prendre une leçon. De là la conversation a conduit à faire savoir que je venais de donner à mon fils sa première leçon de mathématiques : c’est une partie que l’Empereur aime beaucoup, dans laquelle il est très fort. Il s’est étonné que je montrasse à mon fils d’abondance, sans livre et sans cahier ; il ne me savait pas de cette force, disait-il, et m’a menacé alors de le voir parfois, à l’improviste, examiner le maître et l’écolier. A dîner, il a entrepris ce qu’il a appelé M. le professeur de mathématiques, et bien lui en a pris d’être ferré ; une question n’attendait pas l’autre ; souvent elles étaient fort subtiles. Il ne revenait pas, du reste, que dans les lycées on ne montrât pas de très bonne heure les mathématiques ; il disait qu’on avait gâté toutes ses intentions touchant les universités, se plaignant fort de M. de Fontanes, se récriant sur ce qu’on lui gâchait tout chez lui pendant qu’il était contraint d’aller faire la guerre au loin, etc., etc.

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Mercredi 17 janvier 1816

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PREMIÈRE LEÇON D’ANGLAIS, ETC.

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Aujourd’hui l’Empereur a pris sa première leçon d’anglais ; et comme mon grand but était de le mettre à même de lire promptement les papiers-nouvelles, cette première leçon n’a consisté qu’à faire connaissance avec une gazette anglaise, à en étudier les formes et le plan, à connaître le placement   toujours uniforme des divers objets qu’elle renferme, à séparer les annonces et les commérages de ville d’avec la politique, et dans celle-ci apprendre à discerner ce qui est authentique d’avec ce qui n’est qu’un bruit hasardé.

Je me suis engagé, si l’Empereur avait la constance de s’ennuyer tous les jours de pareilles leçons, à ce que dans un mois il pût lire les journaux sans le secours d’aucun de nous. L’Empereur ensuite a voulu faire quelques thèmes : il écrivait des phrases dictées, et les traduisait en anglais, à l’aide d’un petit tableau que je lui ai fait pour les verbes auxiliaires et les articles, et à l’aide du dictionnaire pour les autres mots, que je lui faisais chercher lui-même. Je lui expliquais les règles de la syntaxe et de la grammaire, à mesure qu’elles se présentaient : il a fait de la sorte quelques phrases qui l’ont plus amusé que les versions que nous avions aussi essayées. Après la leçon, sur les deux heures, nous sommes passés dans le jardin ; on a tiré quelques coups de fusil ; ils étaient si près, qu’il semblait que ce fût dans le jardin même. L’Empereur a fait l’observation que mon fils (nous croyions que c’était lui) semblait faire une bonne chasse ; j’ai ajouté que ce serait la dernière fois qu’il la ferait aussi près de l’Empereur. « Effectivement, a-t-il repris, allez dire qu’il ne nous approche qu’à la portée du canon ». J’y ai couru ; nous l’accusions à tort ; tout ce bruit se faisait pour les chevaux de l’Empereur que l’on s’occupait à dresser.

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Après le dîner, pendant le café, l’Empereur, m’acculant à la cheminée, m’appuyant la main sur la tête comme pour me mesurer la taille, et me disait : «  Je suis un géant pour vous.Votre Majesté l’est pour tant d’autres, lui ai-je répondu, que cela ne saurait m’affecter ». Il a parlé aussitôt d’autre chose, car il ne s’arrête pas volontiers sur les phrases de cette nature.

A propos mouvementbonapartiste

JOURNAL OFFICIEL DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE 6 février 2010 1016 - * Déclaration à la préfecture de Meurthe-et-Moselle. MOUVEMENT BONAPARTISTE Objet : défendre, faire connaître et étendre les principes et valeurs du Bonapartisme. Il s’appuie sur l’adhésion populaire à une politique de redressement conjuguant les efforts des particuliers, associations et services de l’État. Le mouvement défend les principes bonapartistes sur lesquels il est fondé, et qui régissent son fonctionnement intérieur. Il défend également la mémoire de Napoléon le Grand, ainsi que celle de Napoléon III et de leurs fils, Napoléon II et Napoléon IV. Il reconnait Napoléon IV comme ayant régné sans avoir gouverné, en vertu du plébiscite de mai 1870. Le mouvement ne reconnait pas d’empereur après 1879, en vertu de l’absence de plébiscite. Républicain, il privilégie le bonheur, les intérêts et la gloire des peuples, et n’envisage de rétablissement de l’Empire que si les fondements en sont républicains et le régime approuvé par voie référendaire.
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