LE MÉMORIAL DE SAINTE-HÉLÈNE – 1816/01/04-08

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MOUVEMENT BONAPARTISTE

TOUT POUR ET PAR LE PEUPLE

« Pour l’Honneur de la France, pour les intérêts sacrés de l’Humanité »

(Napoléon le Grand, 17 ventôse an VIII – samedi 8 mars 1800)

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Aigle_Empire_MOUVEMENT BONAPARTISTE

Jeudi 4 au lundi 8 janvier 1816

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VIE DE LONGWOOD

COURSE À CHEVAL DE L’EMPEREUR

NOTRE NYMPHE

SOBRIQUETS

DES ÎLES, DE LEUR DÉFENSE

GRANDES FORTERESSES, GIBRALTAR

CULTURE ET LOIS DE L’ÎLE

ENTHOUSIASME, ETC

*

Quand je suis entré chez l’Empereur pour lui rendre compte de notre excursion de la veille, il m’a dit en me saisissant l’oreille : « Eh bien ! vous m’avez abandonné hier ; j’ai pourtant bien fini ma soirée. N’allez pas croire que je ne saurais me passer de vous ». Paroles charmantes, que le ton qui les accompagnait et la connaissance que j’avais de lui désormais me rendaient délicieuses.

Tous les jours le temps a été beau, la température sèche, la chaleur forte, mais tombant subitement, ainsi que de coutume, vers les cinq ou six heures du soir.

L’Empereur, depuis son arrivée à Longwood, avait interrompu ses dictées ordinaires : il passait son temps à lire dans son intérieur, faisait sa toilette de trois à quatre heures et sortait ensuite à cheval avec deux ou trois de nous autres. Les matinées devaient lui paraître plus longues ; mais sa santé s’en trouvait mieux. Nos courses étaient toujours dirigées vers la vallée voisine, dont j’ai déjà parlé ; soit que nous la remontassions en la prenant dans la partie inférieure et revenant par la maison du grand-maréchal ; soit au contraire que nous commençassions par ce dernier côté, pour la parcourir en descendant. Une fois même ou deux, nous la franchîmes en écharpe, et traversâmes de la sorte d’autres vallées pareilles. Nous explorâmes ainsi le voisinage, et visitâmes le peu d’habitations qui s’y trouvaient : toutes étaient pauvres et misérables. Les chemins étaient parfois impraticables, il nous fallait même de temps en temps descendre de cheval ; nous avions à franchir des haies, à escalader des murs de pierre qu’on rencontre fort souvent, mais rien ne nous arrêtait.

Dans ces courses habituelles, nous avions adopté depuis quelques jours une station régulière dans le milieu de la vallée ; là, entourée de roches sauvages, s’était montrée une fleur inattendue : sous un humble toit nous avait apparu un visage charmant de quinze à seize ans. Nous l’avions surprise le premier jour dans son costume journalier ; il n’annonçait rien moins que l’aisance ; le lendemain nous retrouvâmes la jeune personne avec une toilette fort soignée ; mais alors notre jolie fleur des champs ne nous parut plus qu’une fleur de parterre assez ordinaire. Toutefois, nous nous y arrêtions chaque jour quelques minutes ; elle s’avançait alors pour entendre les deux ou trois phrases que l’Empereur lui adressait ou lui faisait traduire en passant, et nous continuions notre route tout en devisant sur ses attraits. Dès cet instant elle augmenta la nomenclature spéciale de Longwood ; elle ne fut plus que notre Nymphe.

L’Empereur, dans son intimité, avait la coutume de baptiser insensiblement tout ce qui l’entourait : ainsi la vallée que nous parcourions d’habitude en cet instant n’avait plus d’autre nom que la Vallée du silence ; notre hôte de Briars n’était que notre Amphitryon ; son voisin, le major aux six pieds de haut, notre Hercule ; sir George Cockburn, Monseigneur l’amiral tant qu’on était en gaieté ; dès que l’humeur arrivait, ce n’était plus que le requin, etc., etc.

Notre nymphe est précisément l’héroïne de la petite lette pastorale dont il a plu au docteur Warden d’embellir ses lettres ; bien que j’eusse redressé son erreur lorsqu’il m’en donna lecture avant son départ pour l’Europe, lui disant : « Si vous avez le projet de créer un conte, c’est bien ; mais si vous avez voulu peindre la vérité, vous avez tout à changer ». Apparemment qu’il aura pensé que son conte avait beaucoup plus d’intérêt, et il l’a conservé.

Du reste, on m’a appris que Napoléon avait porté bonheur à notre nymphe : la petite célébrité qu’elle en avait acquise a attiré la curiosité des voyageurs ; ses attraits ont fait le reste : elle est devenue la femme d’un très riche négociant ou capitaine de la Compagnie des Indes.

Au retour de nos courses, nous trouvions déjà rendues les personnes que l’Empereur invitait à dîner. Il eut successivement le général-colonel du 53e, plusieurs de ses officiers et leurs femmes, l’amiral, la bonne, belle et douce Mme Hodson, la femme de notre Hercule, que l’Empereur avait été visiter un jour dans le fond de Briars, et dont il avait tant caressé les enfants, etc., etc.

Après le dîner, l’Empereur faisait une partie, et le reste de la compagnie une autre.

Le jour où y dîna l’amiral, l’Empereur, en prenant son café, a causé quelques instans sur la position de l’île. L’amiral a dit que le 66e venait renforcer le 53; l’Empereur en a ri, et lui a demandé s’il ne se croyait pas déjà assez fort. Puis, passant à des observations plus générales, il a dit qu’un soixante-quatorze de plus valait mieux qu’un régiment ; que la sureté d’une île c’était des vaisseaux ; que des fortifications n’étaient qu’un retard ; qu’un débarquement, fait en forces supérieures, était un résultat tout obtenu, au temps près, si la distance n’admettait point un secours.

L’amiral lui ayant demandé quelle était dans son opinion la place la plus forte du monde, l’Empereur a répondu qu’il était impossible de l’assigner, parce que la force d’une place se compose de ses moyens propres, et de circonstances étrangères indéterminées. Pourtant il a nommé Strasbourg, Lille, Metz, Mantoue, Anvers, Malte, Gibraltar. L’amiral ayant dit qu’en Angleterre on lui avait supposé, pendant quelque temps, le dessein d’attaquer Gibraltar. « Nous nous en serions bien donné de garde, a dit l’Empereur ; cela nous servait trop bien. Cette place ne vous est d’aucune utilité ; elle ne défend, n’intercepte rien ; ce n’est qu’un objet d’amour-propre national qui coûte fort cher à l’Angleterre, et blesse singulièrement la nation espagnole. Nous aurions été bien maladroits de détruire une pareille combinaison ».

Le 6 j’ai été invité, avec Mme Bertrand et mon fils, à dîner à Briars, où notre ancien hôte avait réuni beaucoup de monde. Nous en sommes revenus fort tard, et non sans quelque danger, par les difficultés de la route et l’obscurité de la nuit, qui nous a forcés de faire une partie du chemin à pied, par égard pour la prudence de Mme Bertrand.

Le 7, l’Empereur a reçu la visite du secrétaire du gouvernement et d’un des membres du Conseil de l’île. Il les a beaucoup questionnés, suivant sa coutume, sur la culture, la prospérité et les améliorations susceptibles de leur colonie. Ils répondaient qu’en 1772 on avait adopté le système de fournir, des magasins de la compagnie, de la viande à moitié prix aux habitans ; il en était résulté une grande paresse dans l’industrie, et l’abandon de l’agriculture. Depuis cinq ans ont avait changé ce système ; ce qui, joint à d’autres circonstances, avait ramené l’île à un état supérieur à ce qu’elle avait jamais été. Il est à craindre que notre venue ne soit un coup mortel pour cette prospérité croissante.

Sainte-Hélène, de sept à huit lieues de tour, environ la grandeur de Paris, obéit aux lois générales d’Angleterre et à des lois locales de l’île ; ces lois locales se font ici par le Conseil, et se sanctionnent en Angleterre par la Cour de la compagnie des Indes. Le Conseil se compose du gouverneur, de deux membres civils et d’un secrétaire qui tient les registres ; tous sont nommés par la compagnie et sont révocables à volonté. Les membres du Conseil sont législateurs, administrateurs et magistrats ; ils décident sans appel, à l’aide du jury, au civil et au criminel. Il n’y a ni procureur, ni avocat dans l’île ; le secrétaire du Conseil légitime tous les actes, et se trouve une espèce de notaire unique. La population de l’île est en ce moment de cinq à six mille âmes environ, y compris les noirs et la garnison.

Je me promenais seul, un de ces après-midi, dans le jardin avec l’Empereur ; un matelot de vingt-deux à vingt-trois ans, d’une figure franche et ouverte, nous a abordés avec l’émotion de l’empressement et de la joie, et l’inquiétude d’être aperçu du dehors. Il ne parlait qu’anglais et me disait, avec précipitation, avoir bravé deux fois l’obstacle des sentinelles et tous les dangers d’une défense sévère pour voir de près l’Empereur ; qu’il obtenait ce bonheur, disait-il tout en le considérant, qu’il mourrait content ; qu’il faisait des vœux au ciel pour que Napoléon se portât bien, et qu’il fût un jour plus heureux. Je l’ai congédié, et en nous abandonnant, il se cachait encore derrière les arbres, les haies, afin de nous apercevoir plus longtemps. Nous recevions souvent ainsi des preuves non équivoques du sentiment bienveillant de ces marins. Ceux du Northumberland surtout se croyaient désormais des rapports établis avec l’Empereur : lors de notre séjour à Briars, où notre réclusion était moins complète, ils venaient souvent rôder le dimanche autour de nous, disant qu’ils venaient revoir leur compagnon de vaisseau (ship’s mate). Le jour où nous quittâmes cet endroit, étant seul avec l’Empereur dans le jardin, il s’en était présenté un à la porte, me demandant s’il pouvait y faire un pas sans offenser. Je lui demandai son pays et sa religion ; sa réponse fut plusieurs signes de croix rapides en signe d’intelligence et de fraternité ; puis fixant l’Empereur, devant lequel il se trouvait, et levant les yeux au ciel, il commença, avec lui-même, une conversation de gestes, que sa grosse figure réjouie rendait partie grotesque, partie sentimentale. Cependant il était difficile d’exprimer avec plus de vérité l’admiration, le respect, les vœux et la sympathie ; de grosses larmes commençaient à rouler dans ses yeux. « Dites à ce cher homme que je ne lui veux pas de mal, me disait-il, que je lui souhaite bien du bonheur. Nous sommes beaucoup comme cela : il faut qu’il se porte bien et longtemps ». Il avait à la main un bouquet de fleurs champêtres ; il indiquait la pensée de vouloir les offrir ; mais distrait ou retenu par ce qu’il voyait ou ce qu’il éprouvait, chancelant et comme combattu en lui-même, il nous fit subitement un salut brusque et disparut.

L’Empereur ne put s’empêcher de se montrer sensible à ces deux circonstances, tant la figure, l’accent, le geste de ces hommes portaient le caractère de la vérité. Il disait alors : « Ce que c’est pourtant que le pouvoir de l’imagination ! Tout ce qu’elle peut sur les hommes ! Voilà des gens qui ne me connaissaient point, qui ne m’avaient jamais vu, seulement ils avaient entendu parler de moi ; et que ne sentent-ils pas, que ne feraient-ils pas en ma faveur ! et la même bizarrerie se renouvelle dans tous les pays, dans tous les âges, dans tous les sexes ! Voilà le fanatisme ! Oui, l’imagination gouverne le monde ! »

A propos mouvementbonapartiste

JOURNAL OFFICIEL DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE 6 février 2010 1016 - * Déclaration à la préfecture de Meurthe-et-Moselle. MOUVEMENT BONAPARTISTE Objet : défendre, faire connaître et étendre les principes et valeurs du Bonapartisme. Il s’appuie sur l’adhésion populaire à une politique de redressement conjuguant les efforts des particuliers, associations et services de l’État. Le mouvement défend les principes bonapartistes sur lesquels il est fondé, et qui régissent son fonctionnement intérieur. Il défend également la mémoire de Napoléon le Grand, ainsi que celle de Napoléon III et de leurs fils, Napoléon II et Napoléon IV. Il reconnait Napoléon IV comme ayant régné sans avoir gouverné, en vertu du plébiscite de mai 1870. Le mouvement ne reconnait pas d’empereur après 1879, en vertu de l’absence de plébiscite. Républicain, il privilégie le bonheur, les intérêts et la gloire des peuples, et n’envisage de rétablissement de l’Empire que si les fondements en sont républicains et le régime approuvé par voie référendaire.
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