LE MEMORIAL DE SAINTE-HELENE – 29/12/1815

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MOUVEMENT BONAPARTISTE

TOUT POUR ET PAR LE PEUPLE
« Pour l’Honneur de la France, pour les intérêts sacrés de l’Humanité »
(Napoléon le Grand, 17 ventôse an VIII – samedi 8 mars 1800)

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Aigle_Empire_MOUVEMENT BONAPARTISTE

 

Le vendredi 29 décembre 1815

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EXCURSION DIFFICILE

PREMIER ESSAI DE NOTRE VALLEE

MARAIS PERFIDE

MOMENS CARACTERISTIQUES

ANGLAIS DESABUSES

POISON DE MITHRIDATE

*

Il est un endroit de notre enclos d’où l’on voit au loin la partie de la mer où apparaissent les vaisseaux qui arrivent ; là est un arbre au pied duquel on peut la considérer à son aise. J’étais dans l’habitude, depuis quelques jours, d’y aller dans mes momens d’oisiveté pour voir arriver, me disais-je, le vaisseau qui doit terminer notre exil. Le célèbre Munich est demeuré vingt ans au fond de la Sibérie, buvant chaque jour à son retour à Saint-Pétersbourg, avant de voir arriver cet instant désiré. J’aurai son courage ; mais j’espère n’avoir pas besoin de sa patience.

Depuis quelques jours des bâtimens se succédaient ; de très bon matin on en avait aperçu trois, dont j’en jugeai deux bâtimens de guerre. En revenant on me dit que l’Empereur était déjà levé ; j’allai le trouver dans le jardin pour lui faire part de ma découverte. Il voulut déjeuner, il me dit de le suivre à cheval. Nous prolongeâmes, en dehors de Longwood, tous les arbres à gomme, et essayâmes, à l’extrémité, de descendre dans une vallée très rapide et profondément sillonnée : c’étaient des sables, des cailloux, presque mouvans, parsemés de ronces marines ; nous fûmes obligés de descendre de cheval. L’Empereur ordonna au général Gourgaud de prendre par un autre côté avec les chevaux et les deux piqueurs qui formaient notre suite ; il s’obstina à continuer, de sa personne, au milieu des difficultés où nous nous trouvions. Je lui donnais le bras ; nous descendions et regrimpions avec peine tous les ravins ; il regrettait la légèreté de sa jeunesse ; me reprochait d’être plus leste que lui : il trouvait plus de différence que le peu d’âge qui nous sépare. C’est, disais-je, que je rajeunissais pour le servir. Chemin faisant, il remarquait que ceux qui pourraient nous considérer en ce moment, reconnaîtraient sans peine l’inquiétude et l’impatience françaises. « Au fait, disait-il, il n’y a que des Français auxquels il puisse venir dans l’idée de faire ce que nous faisons en cet instant ». Nous arrivâmes enfin tout haletans au bas de la vallée. Ce que nous avions pris de loin pour un chemin tracé, n’était qu’un petit ruisseau d’un pied et demi de large. Nous voulûmes le traverser en attendant nos chevaux ; mais les bords de ce petit ruisseau étaient perfides, ils semblaient d’une terre sèche qui nous supporta d’abord ; mais bientôt nous nous sentîmes enfoncer subitement, comme si nous eussions été sur de la glace qui se fût brisée, nous étions menacés de disparaître. J’en avais déjà presque au-dessus du genou, quand un effort m’en a fait sortir ; je me suis retourné pour donner la main à l’Empereur, il était enfoncé des deux jambes, ses mains à terre, s’efforçant de se dégager. Ce n’est pas sans peine, ni sans boue que nous avons retrouvé la terre ferme ; moi ne pouvant m’empêcher de crier : Marais d’Arcole ! Marais d’Arcole ! Nous les avions travaillés quelques jours auparavant ; Napoléon avait failli y demeurer. Pour lui, il répétait en considérant ses vêtemens : « Mon cher, voici une sale aventure ». Et puis il disait : « Si nous avions disparu ici, qu’eût-on dit en Europe ? Les cafards prouveraient, sans nul doute, que nous avons été engloutis pour tous nos crimes ».

Les chevaux nous ayant enfin rejoints, nous avons continué, forçant des haies, escaladant des murs, et avons remonté à grande peine toute la vallée qui sépare Longwood du pic de Diane. Nous sommes rentrés par le côté de Mme Bertrand ; il était trois heures. On est venu nous dire que les bâtimens aperçus ce matin étaient un brick et un transport venus d’Angleterre, et un Américain.

Sur les sept heures, l’Empereur m’a fait demander ; il était avec le grand-maréchal, qui lui lisait les papiers-nouvelles depuis le 9 jusqu’au 16 octobre ; cela ne finissait pas ; il était neuf heures. L’Empereur, étonné qu’il fût si tard, s’est levé brusquement, et impatienté qu’on ne lui donnât pas son dîner, a marché droit à la table, se plaignant qu’on l’eût fait attendre. On a eu la gaucherie de lui donner une raison fort ridicule ; cette inconvenance domestique l’a vivement choqué, puis il s’est choqué intérieurement encore de s’être montré si choqué ; aussi le dîner a-t-il été sombre et silencieux.

Revenu dans le salon pour le dessert, l’Empereur a cependant pris la parole sur les nouvelles que nous avaient apportées les gazettes ; les conditions de la paix, les forteresses livrées aux étrangers, la fermentation des grandes villes. Il a traité ces sujets en maître ; mais il s’est retiré de bonne heure, l’instant qui avait précédé le dîner lui demeurait visiblement sur le cœur.

Peu de temps après, il m’a fait demander, voulant continuer les papiers. Comme je me mettais en devoir de les lire, il s’est rappelé l’état de mes yeux, et ne l’a plus voulu. J’insistai, disant que je parcourais vite, et que ce ne serait pas long ; mais il les a éloignés lui-même, ajoutant : « La nature ne se commande pas ; je vous le défends ; j’attendrai demain ». Il s’est mis à marcher, et bientôt ce qu’il avait dans le cœur en est sorti. Qu’il me semblait aimable dans ses reproches et dans ses plaintes ! Qu’il était homme et bon ; car ce qu’il disait était juste et vrai ! Mais c’étaient de ces momens précieux où la nature, prise sur le fait, montre à nu le fond du cœur et du caractère. Et je me disais en le quittant, ce que j’ai d’ailleurs si souvent l’occasion de me redire : « Bon Dieu, que l’Empereur a été mal connu dans le monde ! »

Au demeurant, on lui rend déjà ici plus de justice. Ces Anglais si acharnés, si excusables d’ailleurs par les fausses peintures dont on les a si constamment nourris, commencent à prendre une idée plus juste de son caractère ; ils avouent qu’ils sont étrangement détrompés chaque jour, et que Napoléon est bien différent de ce Bonaparte que les intérêts politiques et le mensonge leur avaient tracé sous des aspects si odieux. Tous ceux qui ont pu le voir, l’entendre et avoir affaire à lui, n’ont plus qu’une voix là-dessus ; il est échappé plus d’une fois de l’amiral, au travers de nos querelles avec lui, de se récrier que l’Empereur était sans contredit le meilleur nature de toute la bande, le plus raisonnable, le plus juste, le plus facile ; et il disait vrai.

Une autre fois, un honnête Anglais, que nous voyions souvent, confessait à Napoléon, dans toute l’humilité de son âme, et en forme d’expiation, qu’il avait cru à fermement toutes les abominations débitées sur son compte : ses étranglemens, ses massacres, ses fureurs, ses brutalités ; enfin jusqu’aux difformités de sa personne et aux traits hideux de sa figure. « Après tout, ajoutait-il candidement, comment ne l’aurais-je pas cru ? Tous nos livres en étaient pleins, c’était dans toutes nos bouches ; pas une voix ne s’élevait pour le contredire. – Eh bien ! dit Napoléon en souriant, c’est à vos ministres pourtant que j’ai l’obligation de toutes ces gentillesses : ils ont inondé l’Europe de pamphlets et de libelles contre moi. Peut-être auraient-ils à dire pour excuse qu’ils ne faisaient que répondre à ce qu’ils recevaient de France même ; et ici, il faut être juste, ceux d’entre nous qu’on a vus danser sur les ruines de leur patrie, ne s’en faisaient pas faute, et les tenaient abondamment pourvus.

« Quoi qu’il en soit, on me tourmenta souvent, au temps de ma puissance, pour que je fisse contrebattre ces menées ; je m’y refusai toujours. A quoi m’eût servi qu’on m’eût défendu ? On eût dit que j’avais payé, et cela ne m’eût que discrédité un peu davantage. Une victoire, un monument de plus ; voilà la meilleure, la véritable réponse, disais-je constamment. Le mensonge passe, la vérité reste. Les gens sages, la postérité surtout, ne jugent que sur des faits. Aussi qu’est-il arrivé ? Déjà le nuage se dissipe, la lumière perce, je gagne tous les jours ; bientôt il n’y aura rien de plus piquant en Europe que de me rendre justice. Ceux qui m’ont succédé tiennent les archives de mon administration, les archives de la police, les greffes des tribunaux ; ils ont à leur disposition, à leur solde, ceux qui eussent été les exécuteurs, les complices de mes atrocités et de mes crimes ; eh bien ! qu’ont-ils publié ? qu’ont-ils fait connaître ?

« Aussi, la première fureur passée, les gens d’esprit et de jugement me reviendront ; je ne conserverai pour ennemis que des sots ou des méchans. Je puis demeurer tranquille, je n’ai qu’à laisser faire, et la suite des événemens, les débats des partis opposés, leurs productions adverses, feront luire chaque jour les matériaux les plus sûrs, les plus glorieux de mon histoire. Et à quoi ont abouti, après tout, les immenses sommes dépensées en libelles contre moi ? Bientôt il n’y en aura plus de traces ; tandis que mes monumens et mes institutions me recommanderont à la postérité la plus reculée.

« Aujourd’hui, du reste, on ne saurait plus recommencer ces torts envers moi ; la calomnie a épuisé tous ses venins sur ma personne ; elle ne saurait plus me heurter ; elle n’est plus pour moi que le poison de Mithridate ».

A propos mouvementbonapartiste

JOURNAL OFFICIEL DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE 6 février 2010 1016 - * Déclaration à la préfecture de Meurthe-et-Moselle. MOUVEMENT BONAPARTISTE Objet : défendre, faire connaître et étendre les principes et valeurs du Bonapartisme. Il s’appuie sur l’adhésion populaire à une politique de redressement conjuguant les efforts des particuliers, associations et services de l’État. Le mouvement défend les principes bonapartistes sur lesquels il est fondé, et qui régissent son fonctionnement intérieur. Il défend également la mémoire de Napoléon le Grand, ainsi que celle de Napoléon III et de leurs fils, Napoléon II et Napoléon IV. Il reconnait Napoléon IV comme ayant régné sans avoir gouverné, en vertu du plébiscite de mai 1870. Le mouvement ne reconnait pas d’empereur après 1879, en vertu de l’absence de plébiscite. Républicain, il privilégie le bonheur, les intérêts et la gloire des peuples, et n’envisage de rétablissement de l’Empire que si les fondements en sont républicains et le régime approuvé par voie référendaire.
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