LE MEMORIAL DE SAINTE-HELENE – 27/12/1815

DRAPEAU DU MOUVEMENT BONAPARTISTE

MOUVEMENT BONAPARTISTE

TOUT POUR ET PAR LE PEUPLE
« Pour l’Honneur de la France, pour les intérêts sacrés de l’Humanité »
(Napoléon le Grand, 17 ventôse an VIII – samedi 8 mars 1800)

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Aigle_Empire_MOUVEMENT BONAPARTISTE

Mercredi 27 décembre 1815.

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SUR L’EMIGRATION

BIENFAISANCE DES ANGLAIS

RESSOURCES DES EMIGRES

*

L’Empereur se trouvant mieux est monté à cheval vers une heure, et au retour a reçu les officiers du 53e. Il a été pour eux tout à fait aimable et gracieux.

Après cette visite, l’Empereur, qui m’avait dit de demeurer avec lui, s’est promené dans le jardin ; je lui ai rendu compte de ma conversation de la veille avec l’Anglais qui était venu me faire visite. De là ses questions se sont portés sur l’émigration, Londres et les Anglais.

Je lui disais que l’émigration n’aimait pas les Anglais, mais qu’il y avait peu d’émigrés qui ne se fussent attachés à quelque Anglais : que les Anglais n’aimaient point l’émigration, mais qu’il y avait peu de familles anglaises qui n’eussent adopté quelque Français. Ce devait être là toute la clef des sentimens et des rapports, souvent contradictoires, qu’on rencontre d’ordinaire sur cet objet. Quant au bien qu’ils nous avaient fait, surtout la classe moyenne, qui est celle qui caractérise toujours un peuple, il était au-delà de toute expression, et nous endette envers elle d’une véritable reconnaissance. Il est difficile d’énumérer les bienfaits particuliers, les institutions bienveillantes, les mesures charitables employées vis-à-vis de nous ; ce sont les particuliers qui, par leur exemple, ont amené le gouvernement à des secours réguliers ; et quand ceux-ci ont été établis, les autres n’ont point cessé.

L’Empereur me demandait si j’avais participé à ces secours. J’avais trouvé plus doux de ne rien devoir qu’à mon travail, et l’organisation sociale et industrielle de l’Angleterre était telle, qu’avec ce sentiment on était sûr de réussir.

« Mais n’avez-vous jamais aperçu l’occasion de faire fortune ? – Deux fois. Un évêque de Rodez, Colbert, écossais de naissance, qui m’aimait beaucoup, me proposa de suivre son frère à la Jamaïque : il y allait chef du pouvoir exécutif, était un des planteurs les plus considérables ; il m’eût confié la gestion de ses biens, et m’eût fait avoir celle de ses amis ; l’évêque me garantissait en trois ans une véritable fortune. Je ne pus m’y résoudre, je préférai continuer une vie misérable, à m’éloigner des côtes de France.

« Une autre fois, des amis voulaient m’envoyer dans l’Inde ; j’y eusse été employé, protégé ; on me garantissait encore, en très peu de temps, une fortune considérable. Je ne voulus pas ; je me trouvais trop âgé, c’était trop loin, disais-je. Il y a vingt ans de cela, et je suis à Sainte-Hélène.

« Cependant il en était peu dont l’émigration, dans le principe, eût été plus dure, bien qu’il n’en fût pas de plus brillante vers sa fin. Je m’étais vu plus d’une fois à la veille de manquer littéralement de tout : pourtant je n’avais jamais été découragé ni même malheureux. J’avais trouvé le vrai trésor de la philosophie en me comparant au grand nombre de ceux qui, autour de moi, étaient plus malheureux encore, aux vieillards, aux femmes, à ceux qui, dépourvus d’une certaine instruction, de certaines facultés, n’apprendraient jamais une langue étrangère, ne sauraient jamais se créer aucun moyen. Moi, j’avais de la jeunesse, de l’ardeur, je me sentais capable de quelque chose, j’étais plein d’espérance ; je montrais ce que je ne savais pas, tout ce qu’on voulait ; j’apprenais la veille ce qu’on me demandait pour le lendemain. Plus tard, mon Atlas historique fut une idée heureuse qui m’ouvrit une mine d’or ; ce n’était pourtant alors qu’une véritable esquisse, mais, à Londres, tout s’encourage, tout se vend ; et puis le ciel bénit mes efforts ; débarqué à l’entrée de la Tamise, j’avais gagné Londres à pied, n’ayant que sept louis dans ma poche, sans connaissances, sans recommandations sur ces rives étrangères ; j’en sortis en poste, possédant deux mille cinq cents guinées, ayant fait des amis tendres pour lesquels j’aurais donné ma vie ».

« Mais moi, si j’avais émigré, disait l’Empereur, quel eût été mon sort, mon lot ? » Il parcourait alors inutilement diverses directions, et s’arrêtait constamment sur le militaire. « J’y aurais toujours bien fourni ma carrière, après tout, disait-il. – Cela n’est pas sûr, répondais-je, Sire ; vous vous fussiez trouvé étouffé dans la foule. Arrivé à Coblentz ou dans tout corps français, vous eussiez été classé d’après le rang du tableau ; rien n’eût pu vous le faire franchir ; car nous étions stricts observateurs des formes, etc., etc ».

L’Empereur me demandait ensuite quand et comment j’étais rentré.

–  Après la paix d’Amiens, par le bienfait de votre amnistie ; encore m’étais-je glissé par contrebande dans une famille anglaise, pour atteindre Paris plus tôt. Dès que j’y fus arrivé, de peur de compromettre cette famille, j’allai moi-même faire ma déclaration à la police, qui me donna une carte que je devais faire viser toutes les semaines ou tous les mois ; je n’en fis rien, et il ne m’en arriva rien. J’étais décidé à me conduire sagement ; qu’avais-je à craindre ? disais-je. Cependant, une fois, je vis qu’il eût pu m’en coûter cher : c’était le moment le plus violent de la crise de Georges et Pichegru ; d’ordinaire je passais mes soirées dans des sociétés intimes dans ma propre maison, je ne sortais presque jamais ; mais ici, conduit par la fatalité, peut-être par le vif intérêt que je prenais à la chose du jour, je m’égarai un soir assez tard dans le faubourg Saint-Germain ; je manquai le passage du pont Louis XVI, que je connaissais si bien, et allai déboucher sur le boulevard des Invalides, sans plus savoir où je me trouvais. Les postes étaient doublés partout et multipliés ; je demandai ma route à une sentinelle ; j’entendis distinctement son camarade, à quelques pas de là, lui demander pourquoi il ne m’arrêtait pas ; celui-ci répondit que je ne faisais aucun mal. Je gagnai mon gîte à pas redoublés, frémissant sur le danger que je venais de courir : j’étais en contravention formelle vis-à-vis de la police ; mon émigration, mon nom, mes habitudes, mes opinions me classaient parmi les mécontens ; tous les renseignemens qu’on eût pris m’eussent été défavorables, je n’aurais pu me réclamer de personne ; on eût trouvé dans ma poche, et c’est ce qui me frappait davantage, cinq guinées : bien que je fusse en France depuis plus de deux ans, c’étaient les dernières que m’avait values mon travail ; je les portais toujours, je les ai ici ; leur vue était pour moi une espèce de bonheur, elles me rappelaient un temps pénible qui n’était plus. Or, que ne pouvait-il, que ne devait-il pas arriver par le concours de toutes ces circonstances ? J’aurais eu beau nier, affirmer, personne ne m’eût cru ; j’eusse beaucoup souffert sans doute, et pourtant je n’étais nullement coupable. Voilà cependant la justice des hommes ! Toutefois, je ne me mis pas plus en règle vis-à-vis de la police, et il ne m’arriva jamais rien.

« Lorsque je fus présenté à la cour de Votre Majesté, les émigrés, qui étaient dans le même cas que moi, firent lever leur surveillance, qui était de dix ans ; moi, je me promis bien de laisser finir la mienne de sa belle mort. Invité, au nom de Votre Majesté, à une fête qu’elle donnait à Fontainebleau, je trouvai plaisant d’aller à la police demander un passeport. On convint qu’il m’était régulièrement nécessaire ; mais on me le refusa, pour ne pas rendre, dit-on, l’administration ridicule. Plus tard, devenu chambellan de Votre Majesté, j’eus à faire un voyage privé ; et pour cette fois ils m’affranchirent pour toujours et en riant de toute formalité future.

« Au retour de Votre Majesté, en 1815, voulant rendre service à quelques émigrés qui étaient revenus avec le roi ; j’allai pour eux à la police. J’étais un conseiller d’Etat, tous les registres me furent ouverts. Après l’article de mes amis, je fus curieux de connaître le mien ; j’appris que j’y étais noté comme grand courtisan de M. le comte d’Artois, à Londres. Je ne pus m’empêcher de réfléchir sur ce que pouvaient amener la différence des temps et la bizarrerie des révolutions. Du reste, ma note était tout à fait inexacte ; j’allais bien, il est vrai, chez M. le comte d’Artois ; mais de mois en mois tout au plus, peut-être ; pour en être courtisan, avec la meilleure volonté, je ne l’aurais pas pu ; j’avais à pourvoir à ma subsistance de chaque jour ; j’avais la fierté de vouloir vivre de mes occupations, le temps m’était précieux ». J’amusais beaucoup l’Empereur par mon récit, et je trouvais un grand charme à le lui faire.

Aujourd’hui, la frégate la Doris a fait voile pour l’Europe.

A propos mouvementbonapartiste

JOURNAL OFFICIEL DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE 6 février 2010 1016 - * Déclaration à la préfecture de Meurthe-et-Moselle. MOUVEMENT BONAPARTISTE Objet : défendre, faire connaître et étendre les principes et valeurs du Bonapartisme. Il s’appuie sur l’adhésion populaire à une politique de redressement conjuguant les efforts des particuliers, associations et services de l’État. Le mouvement défend les principes bonapartistes sur lesquels il est fondé, et qui régissent son fonctionnement intérieur. Il défend également la mémoire de Napoléon le Grand, ainsi que celle de Napoléon III et de leurs fils, Napoléon II et Napoléon IV. Il reconnait Napoléon IV comme ayant régné sans avoir gouverné, en vertu du plébiscite de mai 1870. Le mouvement ne reconnait pas d’empereur après 1879, en vertu de l’absence de plébiscite. Républicain, il privilégie le bonheur, les intérêts et la gloire des peuples, et n’envisage de rétablissement de l’Empire que si les fondements en sont républicains et le régime approuvé par voie référendaire.
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