LE MEMORIAL DE SAINTE-HELENE – 15-16/12/1815

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MOUVEMENT BONAPARTISTE

TOUT POUR ET PAR LE PEUPLE
« Pour l’Honneur de la France, pour les intérêts sacrés de l’Humanité »
(Napoléon le Grand, 17 ventôse an VIII – samedi 8 mars 1800)

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Aigle_Empire_MOUVEMENT BONAPARTISTE

Vendredi 15, samedi 16 décembre 1815

REGULARISATION DE LA MAISON DE L’EMPEREUR

SITUATION MORALE DES CAPTIFS ENTRE EUX, ETC

QUELQUES NUANCES DU CARACTERE DE L’EMPEREUR

PORTRAIT DE NAPOLEON, PAR M. DE PRADT, TRADUIT D’UNE GAZETTE ANGLAISE

REFUTATION

*

La maison domestique de l’Empereur, au départ de Plymouth, se trouva composé encore de onze personnes. Je me fais un plaisir de consacrer ici leurs noms ; je le dois à leur dévouement.

 

PERSONNES COMPOSANT LE SERVICE DE L’EMPEREUR

 

CHAMBRE

MARCHAND, Parisien, premier valet de chambre.

SAINT-DENIS, dit Aly, de Versailles, valet de chambre.

NOVERRAZ, Suisse, valet de chambre.

SANTINI, Corse, huissier.

 

LIVREE

ARCHAMBAULT aîné, de Fontainebleau, piqueur.

ARCHAMBAULT cadet, de Fontainebleau, piqueur.

GENTILINI, Elbois, valet de pied.

 

BOUCHE

CYPRIANI, Corse, mort à Sainte-Hélène, maître d’hôtel.

PIERRON, Parisien, officier.

LEPAGE, cuisinier.

ROUSSEAU, de Fontainebleau, argentier.

 

Quelque nombreuse que se trouvât cette maison de l’Empereur, on pourrait dire cependant que, depuis notre départ d’Angleterre, durant notre traversée, et depuis notre débarquement à Sainte-Hélène, elle avait cessé d’exister pour lui. Notre dispersion, les incertitudes de notre établissement, nos besoins, l’irrégularité avec laquelle ils étaient satisfaits, avaient nécessairement créé le désordre.

Dès que nous nous trouvâmes tous réunis à Longwood, l’Empereur voulut régulariser tout ce qui était autour de lui, et chercha à employer chacun de nous suivant la pente de son esprit. Conservant au grand-maréchal le commandement et la surveillance de tout en grand, il confia à M. de Montholon tous les détails domestiques ; il donna au général Gourgaud la direction de l’écurie, et me réserva le détail des meubles avec l’administration intérieure de ce qui nous serait fourni. Cette dernière partie me semblait tellement en contact avec les détails domestiques, et je trouvais que l’unité sur ce point devait être si avantageuse au bien commun, que je me prêtai le plus que je pus à m’en faire dépouiller ; ce qui ne fut ni difficile ni long.

Ces nouvelles dispositions de l’Empereur arrêtées, tout commença à marcher tant bien que mal, et nous en fûmes certainement beaucoup mieux. Toutefois ces dispositions, quelque raisonnables qu’elles fussent, ne laissèrent pas de semer parmi nous des germes d’éloignement qui poussèrent de légères racines et reparurent parfois à la surface : l’un trouvait qu’il avait perdu, l’autre voulait donner trop de lustre à sa partie, un autre se trouvait lésé dans le partage. Nous n’étions pas les membres d’une même famille qui, s’employant chacun selon ses moyens, ne songent qu’à faire prospérer la masse commune. Ce que la nécessité eût dû nous contraindre de faire, nous étions loin de le mettre en pratique ; nous nous débattions encore sur les débris de quelque luxe et les restes de quelque ambition.

Quand l’attachement à la personne de l’Empereur nous réunit autour de lui, le hasard seul, et non pas les sympathies, présida à notre agglomération ; ce fut un ensemble purement fortuit et non le résultat des affinités. Aussi formions-nous masse à Longwood, plutôt par encerclure que par cohésion. Et comment en eût-il été autrement ? Nous étions presque tous étrangers les uns aux autres, et malheureusement les circonstances, l’âge, le caractère, étaient en nous autant de dispositions à le demeurer.

Ces circonstances, bien que légères, on eu pourtant la conséquence fâcheuse de nous priver, en grande partie, de nos plus douces ressources. Elles ont empêché parmi nous cette confiance, cet épanchement, cette union intime, qui peuvent répandre quelques charmes, même au sein des plus cruelles infortunes. Mais aussi, par contre, ces mêmes circonstances m’ont bien souvent rendu témoin des dispositions privées du cœur de l’Empereur : ses invitations directes à nous unir et à confondre nos sentimens ; son soin constant à nous épargner tout juste motif de jalousie ; cette distraction calculée qui lui dérobait ce dont il ne voulait pas s’apercevoir ; enfin, jusqu’aux gronderies même si paternelles dont nous nous rendions quelquefois l’objet, et qui, pour le dire en passant à l’honneur de chacun de nous, étaient évitées avec autant de zèle, reçues avec autant de respect que si elles fussent émanées du trône des Tuileries.

Qui aujourd’hui sur la terre pourrait se flatter de connaître dans l’Empereur l’homme privé plus que moi ? Qui a possédé les deux mois de solitude au désert de Briars ? Qui a joui de ces longues promenades au clair de lune, de ces heures nombreuses écoulées avec lui ? Qui a eu comme moi l’instant, le lieu, le sujet des conversations ? Qui a reçu le ressouvenir des charmes de l’enfance, le récit des plaisirs de la jeunesse, l’amertume des douleurs modernes ? Aussi crois-je connaître à fond son caractère, aussi puis-je m’expliquer à présent dans bien des circonstances qui semblaient, dans le temps, à plusieurs, difficiles à entendre. Je comprends bien, surtout aujourd’hui, ce qui nous frappait si fort et le caractérisait particulièrement aux jours de sa puissance, savoir : Qu’on n’était jamais complètement perdu avec lui ; que quelque éclatante qu’eût été la disgrâce, quelque profond qu’eût été l’abîme où l’on avait été jeté, on devait toujours espérer d’en revenir ; qu’une fois auprès de lui, quelque faute que l’on fît, quelque déplaisir que l’on causât, il était bien rare de s’en voir éloigné tout à fait. C’est qu’il est dans l’Empereur, à un degré éminent, deux qualités bien précieuses : un grand fonds de justice et une disposition naturelle à s’attacher. Quels que soient les contrariétés et les mouvemens de colère qu’il vient à éprouver, il est encore un sentiment de justice qui reste tout-puissant sur lui ; on est toujours sûr de le rendre attentif à de bonnes raisons ; on est même sûr, si l’on garde le silence, de les lui voir produire lui-même, s’il s’en présente à son esprit. D’un autre côté, il n’oublie jamais les services une fois rendus ; pas davantage les habitudes prises ; tôt ou tard le ressouvenir lui en vient à l’esprit ; il se dit tout ce que l’on a dû souffrir, trouve que le châtiment a été assez long et fait alors chercher au loin celui que le monde même avait oublié ; celui-ci reparaît au grand étonnement de tous, à l’étonnement de lui-même. On en connaît une foule d’exemples.

L’Empereur, sans être démonstratif, s’attache sincèrement. Une fois qu’il a pris l’habitude de quelqu’un, il ne pense pas qu’il puisse s’en séparer ; il en aperçoit les fautes, il les condamne, il blâme son propre choix, il gronde même avec force ; mais on n’a rien à craindre, ce sont comme autant de nouveaux liens.

On sera surpris sans doute de me voir esquisser ces traits du caractère de Napoléon avec autant de simplicité. Tout ce qu’on en écrit ordinairement est si recherché ; on se croit obligé à tant d’antithèses, à tant de brillant : c’est qu’en général les autres cherchent l’effet, ils se torturent l’esprit ; moi j’écris ici ce que je vois, j’exprime ce que je sens.

Cette réflexion du reste ne saurait venir plus à propos.

L’Empereur parcourait aujourd’hui avec moi, dans les papiers anglais, un portrait de lui par l’archevêque de Malines, hérissé d’antithèses et d’afféterie : il a voulu que le grand-maréchal le lui transcrivît mot à mot ; en voici les principaux traits :

… « L’esprit de Napoléon (dit l’abbé de Pradt dans son ambassade de Varsovie, en 1812), était vaste ; mais à la manière des Orientaux, et, par une disposition contradictoire, il retombait, comme de son propre poids, dans des détails qu’on pourrait dire ignobles. Le premier jet était toujours grand, et le second petit et vil. Il en était de son esprit comme de sa bourse, dont la munificence et la lésine tenaient chacune un cordon. Son génie, fait à la fois pour la scène du monde et pour les tréteaux, représentait un manteau royal joint à un habit d’arlequin. C’était l’homme des deux extrêmes ; l’homme qui, ayant commandé aux Alpes de s’abaisser, au Simplon de s’aplanir, à la mer de s’approcher ou s’éloigner de ses rivages, a fini par se livrer lui-même à une croisière anglaise.

« Doué d’une sagacité merveilleuse, infinie ; étincelant d’esprit ; saisissant, créant, dans toute question, des rapports inaperçus et nouveaux ; abondant en images vives, pittoresques, en expressions animées, et pour ainsi dire dardées, plus pénétrantes par l’incorrection même de son langage toujours un peu empreint d’étrangeté ; sophiste et subtil, mobile à l’excès, il s’était fait d’autres règles d’optique que les autres hommes. Joignez à ces dispositions l’ivresse du succès, l’habitude de boire dans la coupe enchantée, de s’enivrer de tout l’encens de l’univers, et vous serez sur la voie de l’homme qui, unissant dans ses bizarreries tout ce qu’il y a de plus élevé et de plus vil parmi les mortels, de plus majestueux dans l’éclat de la souveraineté, de plus péremptoire dans le commandement, avec ce qu’il y a de plus noble et de plus lâche jusque dans ses plus grands attentats ; joignant les guet-apens aux détrônemens, présente une espèce de Jupiter Scapin, qui n’avait pas encore paru sur la scène du monde ».

Certes, voilà de l’esprit, et du plus recherché. Je passerai sur l’inconvenance, le scandale du caractère grave d’un prêtre, d’un archevêque comblé des bienfaits de son souverain, auquel, durant sa prospérité, il fit la cour la plus assidue ; qu’il entoura des plus grandes flatteries, et qui se permit, au jour de l’infortune, des expressions aussi triviales, aussi grotesques, aussi injurieuses que celles qu’on vient de lire plus haut… (Napoléon en habit d’Arlequin !… Un Jupiter Scapin… ).

Je ne m’arrêterai que sur le mérite du jugement de l’abbé de Pradt quand il dit que : « Le premier jet de l’Empereur était toujours grand, le second petit ; que c’était l’homme des extrêmes ; l’homme qui, ayant commandé aux Alpes de s’abaisser, au Simplon de s’aplanir, a fini par se livrer lui-même à une croisière anglaise ».

M. l’abbé de Pradt a donc bien peu senti l’élévation, la grandeur, la magnanimité d’une si noble démarche. Se séparer d’un peuple qu’égarent des meneurs infidèles, afin de lui faciliter ses destinées ; sacrifier ses intérêts personnels aux maux d’une guerre civile, sans résultats nationaux ; dédaigner des asiles honorables, assurés, mais dépendants ; préférer le refuge chez un peuple dont on fut pendant vingt ans le constant ennemi ; lui supposer une magnanimité égale à la sienne ; honorer assez ses lois pour s’y croire à l’abri de l’ostracisme de l’Europe. Certes, de telles pensées, de telles déterminations, ne sauraient être l’opposé du gigantesque, du noble et du grand.

N.B. Ici venaient dans mon journal plusieurs pages pleines de très mauvais détails sur M. l’archevêque de Malines, tous sortis de la bouche de l’Empereur, ou produits par nous-mêmes ; je les passe aujourd’hui, je crois le devoir à la satisfaction que l’on me dit avoir été éprouvée plus tard par l’Empereur à la lecture des Concordats, autre ouvrage subséquent de M. de Pradt ; je cède, pour mon compte, à celle que m’ont causée depuis cent autres témoignages de même nature et de la même source.

L’amende honorable spontanée est de mille fois supérieure à toutes les rétorsions qu’on pourrait accumuler contre eux. Et puis, il est des personnes pour qui un retour n’est pas sans mérite, et qui se plaisent à en tenir compte : je suis de ce nombre.

Au moment où j’écrivais ceci, on m’a fait lire, de M. l’abbé de Pradt, des lignes nouvelles qui sont certainement très belles dans leur diction ; mais qui sont bien plus belles encore par leur justesse et leur vérité. Je ne puis me refuser à les transcrire ici ; elles seront une compensation de celles qui précèdent.

Une déclaration des souverains, émanée de Laybach, qualifiant avec réprobation Napoléon de représentant de la Révolution, M. l’archevêque de Malines s’exprime ainsi :

« Il est trop tard pour insulter Napoléon quand il est sans armes, lorsque pendant tant d’années on a fléchi devant lui, quand à son tour il en avait… Des mains armées doivent respecter les mains désarmées, et la gloire du vainqueur se compose en partie d’égards pour les captifs, surtout quand ce n’est pas sous le génie, mais sous le nombre, qu’on a succombé. Il est trop tard d’appeler Napoléon révolutionnaire, après l’avoir appelé longtemps restaurateur de l’ordre en France, et par elle en Europe ; il est trop tard pour lui lancer un trait flétrissant, après lui avoir tendu la main comme ami, donné sa foi comme allié, et cherché des appuis pour un trône ébranlé, en mêlant son sang avec le sien ».

Plus loin il dit :

« Lui, représentant de la révolution ?

« Elle rompt les liens avec Rome, il les renoue.

« Elle a abattu et fermé les temples, il les relève.

« Elle a fait deux clergés ennemis, il les rappelle à l’amitié.

« Elle a profané Saint-Denis, il le purifie et offre des expiations aux cendres des rois.

« Elle a abattu le trône, il le relève et le rehausse.

 « Elle a éloigné de leur patrie les hautes classes de la France ; il leur en ouvre les portes avec celles de son palais, quoiqu’il les connaisse pour ses irréconciliables ennemies, et pour la plupart ennemies des services publics ; il les incorpore de nouveau avec la société dont elles avaient été si violemment séparées.

« C’est le représentant d’une révolution qu’on déclare ennemie des rois, celui qui en a rempli l’Allemagne, qui a fait passer les princes à des rangs supérieurs à ceux qu’ils occupaient, qui a refait la haute royauté, et recrée un modèle effacé.

« C’est le représentant d’une révolution à laquelle on attache la note d’antisociale, qui a fait venir de Rome le chef de l’Eglise pour verser sur son front l’huile qui consacre les diadèmes ?

« C’est le représentant d’une révolution qu’on veut faire passer pour un principe d’anarchie, celui qui, nouveau Justinien, a fait rédiger, au milieu du tumulte des armes, des embûches de la politique extérieure, tous ces codes qui sont ce qu’il y a encore de moins défectueux dans la législation humaine, et de la main duquel est sortie cette machine de gouvernement, la plus vigoureuse qui existe sur la terre.

« C’est le représentant d’une révolution accusée vulgairement d’avoir tout détruit, celui qui a refait les universités, les écoles, qui a couvert l’Europe des chefs-d’œuvre des arts ; c’est l’auteur des travaux les plus vastes, les plus hardis, qui aient étonné et honoré l’esprit humain ; c’est en présence des Alpes aplanies à sa voix ; des mers domptées à Cherbourg, à Flessingue, au Helder, à Anvers ; des fleuves docilement courbés sous le poids des ponts d’Iéna, de Sèvres, de Bordeaux, de Turin ; des canaux liant les mers entre elles, dans un cours indomptable pour le souverain des mers ; enfin, c’est en présence de Paris, métamorphosé par lui, qu’on le dit un agent général de destruction ! Celui qui a tout refait représente ce qui a tout détruit ! Encore une fois, à quels hommes privés de discernement croit-on donc parler ? etc ».

A propos mouvementbonapartiste

JOURNAL OFFICIEL DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE 6 février 2010 1016 - * Déclaration à la préfecture de Meurthe-et-Moselle. MOUVEMENT BONAPARTISTE Objet : défendre, faire connaître et étendre les principes et valeurs du Bonapartisme. Il s’appuie sur l’adhésion populaire à une politique de redressement conjuguant les efforts des particuliers, associations et services de l’État. Le mouvement défend les principes bonapartistes sur lesquels il est fondé, et qui régissent son fonctionnement intérieur. Il défend également la mémoire de Napoléon le Grand, ainsi que celle de Napoléon III et de leurs fils, Napoléon II et Napoléon IV. Il reconnait Napoléon IV comme ayant régné sans avoir gouverné, en vertu du plébiscite de mai 1870. Le mouvement ne reconnait pas d’empereur après 1879, en vertu de l’absence de plébiscite. Républicain, il privilégie le bonheur, les intérêts et la gloire des peuples, et n’envisage de rétablissement de l’Empire que si les fondements en sont républicains et le régime approuvé par voie référendaire.
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