LE MEMORIAL DE SAINTE-HELENE – 11-13/11/1815

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MOUVEMENT BONAPARTISTE

TOUT POUR ET PAR LE PEUPLE
« Pour l’Honneur de la France, pour les intérêts sacrés de l’Humanité »
(Napoléon le Grand, 17 ventôse an VIII – samedi 8 mars 1800)

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Aigle_Empire_MOUVEMENT BONAPARTISTE

Samedi 11 au lundi 13 novembre 1815
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CONVERSATION DE MINUIT, AU CLAIR DE LUNE, ETC.
LES DEUX IMPERATRICES
MARIAGE DE MARIE-LOUISE
SA MAISON
DUCHESSE DE MONTEBELLO
MADAME DE MONTESQUIOU
INSTITUT DE MEUDON
SENTIMENS DE LA MAISON D’AUTRICHE POUR NAPOLEON
ANECDOTES RECUEILLIES EN ALLEMAGNE DEPUIS MON RETOUR EN EUROPE

Notre vie continuait d’être des plus régulières à Briars : tous les jours, après m’avoir dicté, l’Empereur sortait entre trois et quatre heures, il se rendait au jardin ; là, en se promenant, il dictait à celui qui était venu de la ville pour le travail, lequel écrivait sous la petite tonnelle. Vers les cinq heures et demie, il se rendait, en tournant la maison de nos voisins, dans l’allée inférieure à laquelle il s’attachait chaque jour davantage : ceux-ci alors se trouvaient à leur dîner, ce qui assurait entièrement notre repos et la liberté de cette promenade. J’y venais joindre l’Empereur, il y attendait qu’on l’avertît qu’il était servi.

L ‘Empereur y descendit encore après son dîner ; quelquefois même on y apportait son café. Mon fils se rendait chez nos voisins, et nous restions à continuer la promenade. Nous marchions alors des heures entières ; ce qui se prolongeait parfois fort avant dans la nuit quand la lune nous éclairait. C’est là qu’à sa lueur et à la douce température du moment, nous oublions la chaleur brûlante du jour. Jamais l’Empereur n’était plus causant ni ne se trouvait de distraction plus complète. C’est dans la longueur et l’abandon de ces conversations qu’il se plaisait à raconter son enfance, les premières années de sa jeunesse, les sentimens et les illusions qui d’ordinaire les embellissant ; enfin les détails de sa vie privée depuis qu’il avait joué un rôle sur la grande scène du monde. J’ai reporté ailleurs ce que j’ai cru pouvoir en répéter. Il semblait parfois embarrassé d’avoir parlé trop longuement, et d’avoir exprimé des choses trop minutieuses, et me disait alors : « Mais à votre tour à présent, un peu de vos histoires aussi ; vous n’êtes pas conteur ». Je n’avais garde, j’eusse trop craint de perdre alors quelque chose de ce qui m’attachait si vivement.

C’est dans une de ces promenades nocturnes que l’Empereur disait qu’il avait été fort occupé dans sa vie de deux femmes très différentes : l’une était l’art et les grâces ; l’autre l’innocence et la simple nature : et chacune, observait-il avait bien son prix.

Dans aucun moment de sa vie la première n’avait de positions ou d’attitudes qui ne fussent agréables ou séduisantes ; il eût été impossible de lui surprendre ou d’en éprouver jamais aucun inconvénient ; tout ce que l’art peut imaginer en faveur des attraits était employé par elle, mais avec un tel mystère qu’on n’en apercevait jamais rien. L’autre, au contraire, ne soupçonnait même pas qu’il pût y avoir rien à gagner dans d’innocens artifices. L’une était toujours à côté de la vérité, son premier mouvement était la négative ; la seconde ignorait la dissimulation, tout détour lui était étranger. La première ne demandait jamais rien à son mari, mais elle devait partout ; la seconde n’hésitait pas à demander quand elle n’avait plus, ce qui était fort rare : elle n’aurait pas cru pouvoir jamais rien prendre sans payer aussitôt. Du reste, toutes les deux étaient bonnes, douces, fort attachées à leur mari. Mais on les a déjà devinées sans doute, et quiconque les aura vues reconnaît les deux impératrices.

L’Empereur disait qu’il les avait constamment trouvées de l’humeur la plus égale, et d’une complaisance absolue.

Le mariage de Marie-Louis s’accomplit à Compiègne, immédiatement après son arrivée. L’Empereur, déroutant toute l’étiquette convenue, alla au-devant d’elle, et monta déguisé dans sa voiture. Elle fut agréablement surprise quand elle vint à le connaître ; on lui avait toujours dit que Berthier, qui était venu l’épouser par procuration à Vienne, était venu l’épouser par procuration à Vienne, était, pour la figure et l’âge, l’exacte ressemblance de l’Empereur : elle laissa échapper qu’elle y trouvait une heureuse différence.

L’Empereur voulut lui épargner tous les détails de l’étiquette domestique en usage en pareille circonstance ; on l’en avait, du reste, soigneusement instruite à Vienne. L’Empereur, pour ce qui le regardait personnellement, lui demanda quelles instructions elle avait reçues de ses grands parens. D’être à lui tout-à-fait, et de lui obéir en toutes choses, fut sa réponse ; et ce fut aussi pour l’Empereur la solution de tout cas de conscience, et non les décisions de certains cardinaux ou évêques, comme on l’a dit dans le temps ; d’ailleurs, dans la même circonstance, Henri IV en avait agi de la sorte.

Le mariage avec Marie-Louise, disait l’Empereur, se proposa et se conclut dans le même jour, et sous les mêmes formes que celui de Marie-Antoinette, dont le contrat fut adopté pour modèle. Depuis la séparation avec Joséphine, on traitait avec l’empereur de Russie pour une de ses sœurs ; les difficultés ne reposaient guère que sur des arrangemens religieux. Le prince Eugène, causant avec M. de Schwarzenberg, apprit de lui que l’empereur d’Autriche ne serait pas éloigné de donner sa fille ; il en fit part à l’Empereur. Un conseil fut convoqué pour décider quelle alliance, de la Russie ou de l’Autriche, serait la plus avantageuse ; Eugène et Talleyrand furent pour l’Autriche, Cambacérès parla contre ; la majorité fut en faveur d’une archiduchesse. Eugène fut chargé d’en faire l’ouverture officieuse, et le ministre des relations extérieures reçut des pouvoirs de signer dans le jour même, si l’occasion s’en présentait ; ce qui en effet arriva ainsi.

La Russie en prit beaucoup d’humeur, et se regarda comme jouée ; elle ne l’était pas : il n’y avait rien d’obligatoire encore vis-à-vis d’elle ; les deux partis demeuraient tout-à-fait libres. Les intérêts de la politique firent passer sur tout le reste.

L’Empereur donna pour dame d’honneur à l’impératrice Marie-Louise la duchesse de Montebello ; le comte de Beauharnais pour chevalier d’honneur, et le prince Aldobrandini pour écuyer. Lors des malheurs de 1814, ils ne répondirent pas, disait l’Empereur, au dévouement que l’impératrice avait droit d’en attendre : son écuyer la déserta sans prendre congé ; son chevalier d’honneur ne voulut pas la suivre ; et la dame d’honneur, malgré l’extrême affection que lui portait l’impératrice, crut, disait Napoléon, tous ses devoirs accomplis lorsqu’elle l’eût déposée à Vienne.

La duchesse de Montebello fut dans le temps un de ces choix heureux qui emportèrent l’approbation universelle. Elle était jeune, belle, d’une conduite parfaite, et veuve d’un général dit le Roland de l’armée, qui venait d’expirer tout récemment sur le champ de bataille. Ce choix fut très agréable à l’armée, et rassura le parti national, qui s’effrayait de ce mariage, du nombre et de la qualité des chambellans dont on l’entourait, comme d’un pas vers ce que plusieurs appelaient la contre-révolution, et cherchaient à faire considérer comme telle. Pour l’Empereur, il avait été principalement déterminé par l’ignorance où il était du caractère de Marie-Louise, et la crainte qu’elle n’apportât des préjugés de naissance qui eussent été nuisibles à la cour de l’Empereur. Quand il l’eut connue, quand il sut qu’elle était tout-à-fait dans les idées du jour, l’Empereur regretta de n’avoir pas fait un autre choix, de ne s’être pas arrêté sur la comtesse de Beauvau, qui, bonne, douce, inoffensive, n’aurait agi que par les conseils de famille de ses nombreux parens, et eût pu introduire ainsi une sorte de traditions utiles, et une grande quantité de subalternes bien recommandés ; elle eût pu rallier encore beaucoup de personnes qui demeuraient éloignées, et tout cela eût été sans nul inconvénient, parce que cela ne fût arrivé que par les combinaisons de l’Empereur même, qui n’était pas homme à se laisser abuser.

L’impératrice prit une affection des plus tendres pour la duchesse de Montebello ; celle-ci a pu être reine d’Espagne. Ferdinand VII, à Valençay, demanda à l’Empereur d’épouser mademoiselle de Tascher, cousine germaine de Joséphine et de son propre nom, à l’exemple du prince de Bade qui avait déjà épousé mademoiselle de Beauharnais. L’Empereur, qui pensait déjà à se séparer de l’impératrice Joséphine, s’y refusa, ne voulant pas, par ce nouveau lien, compliquer encore davantage les difficultés. Plus tard, Ferdinand demanda la duchesse de Montebello ou toute autre Française que l’Empereur voudrait adopter. Cette demoiselle de Tascher est celle que l’Empereur maria plus tard au duc d’Arenberg, avec l’intention de la faire gouvernante des Pays-Bas, voulant par la suite du temps dédommager Bruxelles de la perte de son ancienne cour. L’Empereur voulut mettre le comte de Narbonne, qui n’avait pas été étranger au mariage de l’impératrice, à la place du comte de Beauharnais ; l’extrême chagrin qu’en fit paraître Marie-Louise retint l’Empereur : l’éloignement de l’impératrice n’avait, du reste, d’autre cause que les intrigues de son entourage qui n’avait rien à craindre de M. de Beauharnais, mais qui redoutaient fort l’influence et l’esprit de M. de Narbonne.

En général, quand l’Empereur avait à nommer, nous disait-il, à des places délicates, om demandait d’ordinaire des candidats à ceux qui l’entouraient ; et c’est sur ces listes et les renseignemens qu’il procurait qu’il méditait son choix en secret. Il nous a nommé quelques-unes des personnes qu’on lui avait proposées pour dames d’honneur : la princesse de Vaudémont ; une madame de la Rochefoucauld, devenue madame de Castellane et plusieurs autres ; puis il nous a demandé de dire nous-mêmes qui nous eussions proposé, ce qui nous a fait passer en revue une bonne partie de la cour. Au nom de madame de Montesquiou, indiqué par l’un de nous : « Je le crois bien, a-t-il répondu ; mais elle était plus avantageusement placée encore. C’est une femme d’un rare mérite : sa piété est sincère, ses principes excellens ; elle s’est acquis de grands titres à mon estime et à mon affection. Il m’en eût fallu deux comme elle, une demi-douzaine ; je les eusse toutes placées dignement, et j’en eusse demandé encore : elle a été parfaite à Vienne auprès de mon fils ».

Voici, du reste, qui donnera une idée juste de la manière dont elle élevait le roi de Rome : ce jeune prince occupait le rez-de-chaussée donnant sur la cour des Tuileries ; il était peu d’heures de la journée où un grand nombre de spectateurs ne regardassent par la fenêtre, dans l’espérance de l’apercevoir. Un jour qu’il était dans un violent accès de colère et qu’il se montrait rebelle à tous les efforts de madame de Montesquiou, elle ordonna de fermer à l’instant tous les contrevens ; l’enfant, étourdi de cette obscurité subite, demanda aussitôt à Maman Quiou pourquoi tout cela. « C’est que je vous aime trop, lui dit-elle, pour ne pas cacher votre colère à tout le monde. Que diraient toutes ces personnes que vous gouvernerez peut-être un jour, si elles vous avaient vu dans cet état ? croyez-vous qu’elles voulussent vous obéir, si elles vous savaient aussi méchant ? » Et l’enfant de demander pardon aussitôt, et de bien promettre que cela ne lui arriverait plus.

« Voilà, au fait, observait l’Empereur, des manières différentes de celles de M. de Villeroi à Louis XV : Regardez tout ce peuple, mon maître, il vous appartient ; tous ces hommes que vous voyez-là sont les vôtres ».

Madame de Montesquiou était adoré de cet enfant ; quand on voulut la renvoyer de Vienne, il fallut employer la ruse et le tromper ; ce fut jusqu’à craindre pour sa santé.

L’Empereur avait beaucoup d’idées nouvelles touchant l’éducation du roi de Rome : il comptait sur l’institut de Meudon, dont il avait déjà décrété les principes, attendant quelques loisirs pour leurs développemens. Il voulait y rassembler tous les princes de la maison impériale, surtout ceux de toutes les branches qu’il avait élevées sur des trônes étrangers. C’était là joindre, prétendait-il, aux soins de l’éducation particulière tous les avantages de l’éducation en commun. « Destinés, disait-il, à occuper divers trônes et à régir diverses nations, ces enfans auraient puisé là des principes communs, des mœurs pareilles, des idées semblables. Pour mieux faciliter la fusion et l’uniformité des parties fédératives de l’empire, chacun de ces princes eût amené du dehors, avec lui, dix ou douze enfans, plus ou moins, de son âge et des premières familles de son pays ; quelle influence n’eussent-ils pas exercée chez eux au retour ! Je ne doutais pas, continuait l’Empereur, que les princes des autres dynasties étrangères à ma famille, n’eussent bientôt sollicité de moi, comme une grande faveur, d’y voir admettre leurs enfans. Et quel avantage n’en serait-il pas résulté pour le bien-être des peuples composant l’association européenne ! Tous ces jeunes princes, observait Napoléon, eussent été réunis d’assez bonne heure pour contracter les liens si chers et si puissans de la première enfance, et séparés néanmoins assez tôt pour prévenir les funestes effets des passions naissantes : l’ardeur des préférences, l’ambition du succès, la jalousie de l’amour, etc ».

L’Empereur eût voulu que toute l’éducation de ces princes-rois se fût fondée sur des connaissances générales, de grandes vues, des sommaires, des résultats ; il eût voulu des connaissances plutôt que de la science, du jugement plutôt que de l’acquis ; l’application des détails plutôt que l’étude des théories ; surtout point de parties spéciales trop poursuivies ; car il estimait que la perfection ou le trop de succès dans certaines parties, soit des arts, soit des sciences, était un inconvénient dans le prince. Les peuples, disait-il, n’avait qu’à perdre d’avoir un poète pour roi, un virtuose, un naturaliste, un chimiste, un tourneur, un serrurier, etc., etc.

Marie-Louise avouait à l’Empereur que, dans les premiers momens qu’il fut question de mariage, elle ne pouvait se défendre d’une certaine frayeur, à cause de tout le mal qu’elle avait entendu dire de Napoléon parmi les siens ; sur quoi, quand elle rappelait tout cela, ses oncles, les archiducs, qui la poussaient fort à cette union, lui répondaient : « Tout cela n’était vrai que quand il était notre ennemi ; il ne l’est plus aujourd’hui ».

Du reste, voici, disait l’Empereur, qui donnera une idée de la bienveillance qu’on nous portait dans cette famille. Un de ces jeunes archiducs brûlait souvent de ses poupées, disant qu’il rôtissait Napoléon. Il est vrai que depuis il disait qu’il ne le rôtirait plus, qu’il l’aimait beaucoup à présent, parce qu’il donnait beaucoup d’argent à sa sœur Louise pour lui envoyer force joujoux ».

Depuis mon retour en Europe, j’ai eu plus d’une occasion de me convaincre des sentimens que cette maison a professé plus tard pour Napoléon. Je tiens de la bouche du témoin même, personnage distingué, qui me le racontait en Allemagne, qu’ayant eu une audience particulière de l’empereur François, dans le voyage qu’il a fait en Italie en 1816, il y fut question de Napoléon : François n’en parla jamais que dans les meilleurs termes. On eût pu penser, me disait le narrateur, qu’il le croyait encore régnant en France, et qu’il ignorait qu’il fût à Sainte-Hélène : il ne lui donna jamais d’autre qualification que celle de l’empereur Napoléon.

La même personne me racontait que l’archiduc Jean, visitant en Italie une rotonde au plafond de laquelle on voyait une action célèbre dont Napoléon était le héros, en levant la tête, son chapeau tomba par terre ; sa suite se précipita pour le lui rendre. « Laissez, laissez, dit-il, c’est dans cette attitude qu’on doit considérer l’homme qui se trouve là-haut ».

Puisque j’en suis là, je vais consigner ici quelques circonstances que j’ai recueillies en Allemagne, à mon retour en Europe ; et pour leur assigner tout le prix qu’elles méritent, je dirai que je les tiens de personnes de la haute diplomatie. On sait que tous les membres composent entre eux une espèce de famille, une sorte de maçonnerie, et que leurs sources sont les plus authentiques.

L’impératrice Marie-Louise se plaint qu’en quittant la France, M. de Talleyrand s’était réservé l’honneur de venir lui demander la restitution des diamans de l’Etat, et vérifier si elle s’était faite avec exactitude.

En 1814, lors des désastres de la France, le prince Eugène fut l’objet de beaucoup de séductions et d’un grand nombre de propositions fort brillantes : un général autrichien lui offrit la couronne d’Italie au nom des alliés, s’il voulait se joindre à eux. Cette offre lui vint de plus haut encore et à diverses reprises. Déjà il avait été question de lui, sous l’Empereur, pour les trônes de Portugal, de Naples et de Pologne.

En 1815, des hommes importans dans la diplomatie européenne le sondèrent pour savoir si, dans le cas où Napoléon serait contraint d’abdiquer de nouveau, et le choix du peuple se tournant vers lui, il accepterait. Dans ces circonstances, comme dans tant d’autres, ce prince fut inébranlable dans une ligne de devoir et d’honneur qui le rend immortel : honneur et fidélité fut sa constante réponse, et la postérité en fera sa devise.

Lors de la distribution des Etats en 1814, l’empereur Alexandre, qui allait très souvent à la Malmaison chez l’impératrice Joséphine, voulait procurer à son fils la souveraineté de Gênes. Celle-ci le refusa, à l’instigation d’un des diplomates dirigeans qui la flattait faussement de quelque chose de mieux.

Au congrès de Vienne, le même empereur Alexandre, qui honorait le prince Eugène d’une bienveillance toute particulière, exigeait pour lui au moins trois cent mille sujets. Il lui témoignait alors une très vive amitié, et se promenait régulièrement chaque jour bras à bras avec lui. Le débarquement de Cannes vint mettre un terme, sinon au sentiment, du moins aux démonstrations et à l’intérêt politique de l’empereur de Russie. Il fut même question alors, de la part de l’Autriche, de se saisir de la personne d’Eugène, et de l’envoyer prisonnier dans une forteresse de Hongrie ; mais le roi de Bavière, son beau-père, courut avec indignation chez l’empereur d’Autriche, lui représenter qu’Eugène était venu à Vienne sous sa protection et sa garantie, et que sa confiance ne serait point trompée ; aussi Eugène demeura-t-il libre sur sa parole et celle du roi son beau-père.

Aussi tard que 1818, les pièces d’or de 20 francs et de 40 francs se frappaient encore à l’effigie de Napoléon, et avec le millésime de 1814. Soit par voie d’économie, ou tout autre motif, on n’avait point encore gravé le nouveau coin.

Alexandre, depuis la chute de Napoléon, a montré dans plusieurs circonstances particulières un éloignement vif et décidé contre lui. C’est Alexandre qui, en 1815, a été l’âme et le promoteur ardent de la seconde croisade contre Napoléon : il a tout dirigé avec la dernière chaleur, semblant en faire une affaire personnelle, et faisant reposer son aversion sur ce qu’il en avait été, disait-il, trompé et joué. Si ce ressentiment tardif n’était pas affecté, on a des raisons de croire qu’il était dû à un ancien ministre et confident de Napoléon qui, dans des conversations particulières, avait eu l’art, durant le congrès de Vienne, de blesser l’amour-propre d’Alexandre par des récits vrais ou faux sur l’opinion et les confidences de Napoléon à l’égard de son illustre ami.

En 1814, Alexandre a laissé croire qu’il ne fût pas opposé à voir régner le jeune Napoléon. Depuis la seconde abdication, on est porté à penser qu’il a eu beaucoup moins de bienveillance.

L’empereur Alexandre a marché, dans la seconde croisade, avec des masses immenses. On l’a entendu estimer, à cette époque, que la guerre pourrait bien durer trois ans, mais que Napoléon n’en succomberait pas moins.

A la première nouvelle de la bataille de Fleurus, les têtes de toutes les colonnes russes eurent ordre de s’arrêter sur-le-champ, tandis que toute la masse autrichienne et bavaroise, de son côté, obliqua à l’instant pour s’en séparer et faire bande à part. Si le congrès de Vienne eût été rompu lors du 20 mars, il est à peu près certain qu’on n’eût pas pu renouveler la croisade ; et si Napoléon eût été victorieux à Waterloo, il est à peu près certain aussi qu’elle allait se trouver dissoute.

La nouvelle du débarquement de Napoléon à Cannes fut un coup de foudre pour notre plénipotentiaire à Vienne. Il est très vrai qu’il fut le rédacteur de la fameuse déclaration du 13 mars ; et, toute violente qu’elle est, le projet l’était encore bien davantage ; il fut amendé par les autres ministres. La figure et la contenance de ce plénipotentiaire, à mesure qu’on apprenait les progrès de Napoléon, furent un thermomètre qui fit la risée des membres du congrès.

L’Autriche sut de très bonne heure à quoi s’en tenir, ses courriers l’instruisaient à merveille. La légation française seule entretenait des doutes, elle distribuait encore une lettre magnanime du roi à tous les souverains pour leur faire connaître qu’il était déterminé à mourir aux Tuileries, qu’on savait déjà que ce prince avait quitté la capitale pour gagner la frontière.

Un membre du congrès et lord Wellington s’entretenant confidentiellement avec la légation française, et la carte à la main, assignèrent du 20 au 21 l’entrée de Napoléon dans Paris.

L’empereur François, à mesure qu’il reçut les publications officielles de Grenoble et de Lyon, les envoya immédiatement, à Schönbrunn, à Marie-Louise, qui s’y livra à une joie extrême. Et il est très vrai que plus tard il a été question d’un enlèvement du jeune Napoléon pour le conduire en France.

Le plénipotentiaire français finit par quitter Vienne, et se transporta à Francfort et à Wiesbaden pour être en meilleure situation de négocier à la fois soit à Gand, soit à Paris. Jamais courtisan des événemens n’eut plus d’embarras ni d’anxiétés. L’ardeur que lui avait imprimée la nouvelle du débarquement à Cannes s’était fort calmée par celle de l’entrée de Napoléon à Paris, et il s’entendit avec Fouché pour que celui-ci le garantit auprès de Napoléon ; s’engageant, de son côté, à garantir Fouché auprès des Bourbons. On a le droit de croire que les offres de ce plénipotentiaire envers le souverain revenu allèrent bien plus haut et bien plus loin encore, mais que Napoléon indigné les repoussa pour ne pas trop dégrader sa politique, a-t-il dit.

En 1814, M. de Talleyrand, avant de se déclarer pour les Bourbons, fut d’abord pour la régence ; mais il voulait y jouer le principal rôle. Des fatalités malheureuses pour la dynastie de Napoléon empêchèrent de mettre à profit ce moment d’incertitude. Tout semble prouver d’ailleurs que le résultat qui prévalut alors était loin d’être les intentions de l’Autriche ; qu’elle y a été probablement jouée, trahie, ou du moins enlevée d’assaut.

La fatalité des mouvemens militaires a fait que les alliés sont entrés dans Paris, sans que le cabinet autrichien y ait concouru. La fameuse déclaration d’Alexandre contre Napoléon Bonaparte et sa famille a été faite sans que cette même puissance d’Autriche fût consultée ; et M. le comte d’Artois n’a pénétré en France qu’en s’y glissant, en dépit du quartier-général autrichien, qui même lui avait refusé des passe-ports.

Il paraît que l’Autriche, au retour de Moscou, s’employa de bonne foi à Londres pour négocier la paix avec Napoléon ; mais le cabinet russe y était tout-puissant, et ne voulut entendre à rien. Arriva l’armistice de Dresde, et l’Autriche prit alors le parti de la guerre.

Le négociateur autrichien à Londres, durant tout cet intervalle, ne put jamais être écouté. Il y resta néanmoins fort long-temps encore, et ne quitta que lorsque les alliés étaient au cœur de la France, et au moment où lord Castlereagh fit pressentir un instant que les succès héroïques de Napoléon à Champaubert, à Montereau, son entrée victorieuse à Troyes, pouvaient rendre les négociations indispensables.

Si dans le principe ce négociateur n’eût pas été envoyé à Londres, il eût été destiné pour Paris, et peut-être eût-il influé alors de manière à amener une tournure différente de celle qui eut lieu, durant son absence, entre les Tuileries et Vienne.

Dans le plus fort de la crise, il se trouva retenu en Angleterre comme par force.

Dans son impatience de rejoindre le centre des grandes négociations, il quitta son poste et gagna la Hollande, en bravant une grande tempête. A peine arrivait-il sur le théâtre des affaires, qu’il tomba entre les mains de Napoléon à Saint-Dizier ; mais le sort de la France était alors décidé, bien qu’on ne le sût pas encore au quartier-général français, Alexandre entrait dans Paris.

Le négociateur autrichien avait vainement employé tous les moyens pour se procurer à Londres un passe-port qui lui permît de rejoindre son maître, en passant par Calais et Paris. Ce contretemps accidentel, ou médité, fut une fatalité de plus ; il eût gagné Paris avant les alliés, se fût trouvé auprès de Marie-Louise, eût déjoué les derniers projets de M. de Talleyrand, et produit des combinaisons nouvelles.

Il existait deux opinions dans le cabinet autrichien : l’une pour l’union avec la France, l’autre pour l’alliance avec la Russie. Soit intrigues, soit fatalité, le parti russe l’emporta tout-à-fait, et l’Autriche ne fut plus qu’entraînée.

A propos mouvementbonapartiste

JOURNAL OFFICIEL DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE 6 février 2010 1016 - * Déclaration à la préfecture de Meurthe-et-Moselle. MOUVEMENT BONAPARTISTE Objet : défendre, faire connaître et étendre les principes et valeurs du Bonapartisme. Il s’appuie sur l’adhésion populaire à une politique de redressement conjuguant les efforts des particuliers, associations et services de l’État. Le mouvement défend les principes bonapartistes sur lesquels il est fondé, et qui régissent son fonctionnement intérieur. Il défend également la mémoire de Napoléon le Grand, ainsi que celle de Napoléon III et de leurs fils, Napoléon II et Napoléon IV. Il reconnait Napoléon IV comme ayant régné sans avoir gouverné, en vertu du plébiscite de mai 1870. Le mouvement ne reconnait pas d’empereur après 1879, en vertu de l’absence de plébiscite. Républicain, il privilégie le bonheur, les intérêts et la gloire des peuples, et n’envisage de rétablissement de l’Empire que si les fondements en sont républicains et le régime approuvé par voie référendaire.
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