LE MEMORIAL DE SAINTE-HELENE – 26-30/09/1815

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MOUVEMENT BONAPARTISTE

TOUT POUR ET PAR LE PEUPLE
« Pour l’Honneur de la France, pour les intérêts sacrés de l’Humanité »
(Napoléon le Grand, 17 ventôse an VIII – samedi 8 mars 1800)

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Aigle_Empire_MOUVEMENT BONAPARTISTE

Mardi 26 au samedi 30 septembre 1815.

PRISE D’UN REQUIN
EXAMEN DE L’ANTI-GALLICAN
OUVRAGE DU GENERAL WILSON
PESTIFERES DE JAFFA
TRAITS DE LA CAMPAGNE D’EGYPTE
ESPRIT DE L’ARMEE D’EGYPTE
RAILLERIES DES SOLDATS
DROMADAIRES
MORT DE KLEBER
JEUNE ARABE
PHELIPPEAUX ET NAPOLEON, SINGULARITES
A QUOI TIENNENT LES DESTINEES
CAFARELLI, SON ATTACHEMENT POUR NAPOLEON
REPUTATION DE L’ARMEE FRANCAISE EN ORIENT
NAPOLEON QUITTANT L’EGYPTE POUR ALLER GOUVERNER LA FRANCE
EXPEDITION DES ANGLAIS
KLEBER ET DESAIX

Le temps continuait toujours de nous être favorable. La Ligne passée, nous devions nous attendre à chaque instant au vent d’est ou de sud-est ; la continuation du vent d’ouest était extraordinaire, et ne pouvait durer long-temps. Le parti qu’avait pris l’amiral, de se porter beaucoup dans l’est, rendait notre position des plus avantageuses, et nous flattait d’un très court passage.

Un de ces jours, dans l’après-midi, les matelots prirent un énorme requin ; l’Empereur voulut savoir la cause du grand bruit et de la confusion arrivés subitement au-dessus de sa tête, et, sur ce qu’il apprit, il eut la fantaisie d’aller voir le monstre marin : il monta sur la dunette, et s’étant approché de trop près, un effort de l’animal, qui renversa quatre ou cinq matelots, faillit lui casser les jambes ; il descendit, le bas gauche tout couvert de sang ; nous le crûmes blessé ; ce n’était que le sang du requin.

Mes occupations et mes travaux continuaient de la manière la plus uniforme.

L’Anti-Gallican, le premier des ouvrages dont j’avais entrepris la lecture, était un volume de cinq cents pages, où l’on avait recueilli tout ce qui avait été composé en Angleterre au moment où l’on s’y trouvait menacé de l’invasion des Français. Il s’agissait alors de nationaliser cet événement, d’exciter tous les esprits, de soulever la nation entière contre sa dangereuse ennemie ; ce sont donc des discours publics, des exhortations, des appels de citoyens zélés, des chansons satiriques, des pièces mordantes, des articles exagérés de journaux, versant à pleines mains l’odieux ou le ridicule sur le Premier Consul, dont l’audace, le génie et le pouvoir inspiraient de vives alarmes. Rien d’ailleurs de plus naturel, de plus légitime : toutes ces productions ne sont autre chose que la nuée des traits qu’on se lançait avant de combattre corps à corps ; autant en emportait le vent, si l’on n’en était pas atteint ; aussi aucune de ces pièces ne pouvait former un témoignage pour l’homme sensé et ne mérite de contradiction.

On fait peu d’attention aux pamphlétaires, parce que leur caractère est le contre-poison de leurs paroles ; il ne devait pas en être de même d’un historien : toutefois celui-ci s’en rapproche, si, s’écartant du calme et de l’impartialité obligés de son ministère, il s’abandonne à la déclamation et laisse percer le fiel.

Tel est le sentiment que me laissèrent diverses productions du général Wilson, que je lus après l’Anti-Gallican. Cet auteur nous était d’autant plus préjudiciable, que ses talens, sa bravoure, ses nombreux et brillans services, lui donnaient plus de poids aux yeux de ses concitoyens. Une circonstance concourait à rendre ses œuvres plus particulièrement connues à bord du vaisseau, et faisait qu’on nous en parlait davantage ; il avait un de ses enfans au nombre des jeunes aspirans du vaisseau ; et, à ce sujet, mon fils que la similitude d’âge tenait la plupart du temps au milieu d’eux, put voir à son aise le changement qui s’opéra dans ces jeunes têtes à notre égard. Tous ces enfans nous étaient naturellement défavorables : ils croyaient, en recevant l’Empereur, n’avoir embarqué rien moins que l’ogre capable de les dévorer ; mais bientôt le voisinage et la vérité exercèrent sur eux la même influence que sur le reste du vaisseau, et ce fut aux dépens du petit Wilson, à qui les camarades donnaient la chasse, en expiation, disaient-ils, de toutes les histoires de son père.

***

Ici, dans mon manuscrit, commençait le bâtonnage d’un grand nombre de feuillets ; le motif en était exprimé en marge, ainsi qu’il suit :

« J’avais recueilli un grand nombre de griefs dans l’ouvrage du général Wilson, auxquels je répondais peut-être à mon tour avec un peu d’amertume ; une circonstance récente me les fait supprimer.

« M. Wilson vient de paraître avec éclat dans une cause touchante, qui honore le cœur de ceux qu’elle a compromis : le salut de Lavalette. Interpellé devant un tribunal français s’il n’avait pas jadis publié des ouvrages sur nos affaires, il a répondu que oui, et qu’il y avait exprimé ce qu’il croyait vrai alors. Ce mot en dit plus que tout ce que j’avais écrit, heureux de devenir juste moi-même envers M. Wilson, dont j’accusais, dans ma colère, les intentions et la bonne foi (NOTE).

NOTE

Après mon enlèvement de Longwood, sir Hudson Lowe, saisi de mes papiers, parcourait, avec mon agrément, ce journal. Il y trouvait des choses fort désagréables pour lui et un moment il me dit : « Monsieur le comte, quel héritage vous préparez à mes enfants ! – Ce n’est pas de ma faute, répondis-je ; il ne tient qu’à vous qu’il en soit autrement ; vous me rendrez heureux de me mettre à même d’effacer, ainsi que je l’ai fait il y a quelques jours pour le général Wilson ». Sur quoi de demander ce qu’il y avait donc sur celui-ci, et nous y passons. Après avoir lu tout ce qui le concernait, et le motif de mon effaçure, il dit d’un air piteux, pensif et chagrin : « Oui, je le vois bien, mais je ne comprends pas… ; car je connais beaucoup Wilson, et il s’était pourtant bien chaudement montré pour les Bourbons ».

Quand nous apprîmes la délivrance de Lavalette, nous en tressaillîmes de joie sur notre rocher. Quelqu’un observant que son libérateur Wilson n’était apparemment pas le même que celui qui avait écrit tant de mauvaises choses sur l’Empereur : « Et pourquoi pas ? dit Napoléon. Que vous connaissez peu les hommes et les passions ! qui vous dit que celui-ci ne serait pas un de ces esprits ardens, passionnés, qui aura écrit ce qu’il croyait alors ? Et puis nous étions ennemis, nous combattions. Aujourd’hui que nous sommes abattus, il sait mieux ; il peut se trouver abusé, trompé, et en être mécontent, et peut-être nous souhaiter à présente autant de bien qu’il a cherché à nous faire de mal ».

La sagacité de Napoléon était telle, ou le hasard ici le conduisait si justement, qu’on pourrait dire qu’il ne faisait que lire de loin. Ce Robert Wilson était en effet l’écrivain même ; heurté de voir un grand peuple privé de ses premiers droits, il se récriait désormais contre les alliés, comme s’ils eussent lui imposé des chaînes à lui-même, et personne n’a montré une plus vive indignation sur les traitemens faits à Napoléon, ni témoigné un plus ardent désir de les voir cesser.

***

Je laisse donc de côté les ouvrages de M. Wilson, et les diverses inculpations qu’ils referment ; je supprime aussi les nombreuses réfutations que j’avais amassées ; je ne m’arrêterai que sur un seul point, parce qu’il a été reproduit en cent ouvrages divers ; qu’il a rempli l’Europe, et a été propagé même en France avec une grande faveur, je veux dire l’empoisonnement des pestiférés de Jaffa.

Rien assurément ne saurait mieux prouver combien la calomnie peut tout entreprendre avec succès, seulement qu’elle soit audacieuse, impudente, qu’elle ait de nombreux échos, qu’elle soit puissante, qu’elle veuille, et peu importe du reste qu’elle blesse les probabilités, la raison, le bon sens, la vérité ; elle est sûre de ses effets.

Un général, un héros, un grand homme, jusque-là respecté de la fortune autant que des hommes, fixant en ce moment les regards des trois parties du monde, imposant l’admiration à ses ennemis mêmes, est tout à coup accusé d’un crime réputé inouï, sans exemple ; d’un acte dit inhumain, atroce, cruel, et ce qui est surtout bien remarquable, tout-à-fait inutile.

Les détails les plus absurdes, les circonstances les moins probables, les accessoires les plus ridicules, s’accumulent autour de ce premier mensonge ; on le répand dans toute l’Europe, la malveillance s’en saisit et l’accroît ; on le lit dans toutes les gazettes ; il se consigne dans tous les livres ; et dès lors il devient pour tous un fait avéré ; l’indignation est au comble ; la clameur universelle. Vainement voudrait-on raisonner contre le torrent, oser essayer de le combattre, démontrer qu’on ne fournit aucune preuve, qu’on se contredit soi-même ; présenter les témoignages opposés, irrécusables, les témoignages de ceux de la profession même qu’on dit avoir administré le poison ou s’y être refusés ; soutenir qu’on ne saurait accuser d’inhumanité celui-là même qui, peu de temps auparavant, immortalisa ces mêmes hôpitaux de Jaffa par l’acte le plus sublime, le plus héroïque, en se dévouant à toucher solennellement les pestiférés, pour tromper et vaincre les imaginations malades ; qu’on ne saurait prêter une pareille idée à celui qui, consulté par les officiers de santé, pour savoir si l’on devait brûler ou seulement laver les vêtemens de ces malades, faisant valoir la perte considérable qu’amènerait la première mesure, leur répond : Messieurs, je suis venu ici pour fixer l’attention et reporter l’intérêt de l’Europe sur le centre de l’ancien monde, et non pour entasser des richesses. Vainement voudrait-on faire voir que ce crime supposé eût été sans but, sans motif quelconque : le général français avait-il à craindre qu’on lui débauchât ses malades ; qu’on s’en renforçât contre lui ? voulait-il par là se délivrer tout-à-fait de la peste ? Mais il y réussissait également en laissant ses malades au milieu de ses ennemis, et de plus il la leur procurait. Vainement voudrait-on démontrer qu’un chef insensible, égoïste, se fût au contraire délivré de tout embarras, en laissant simplement ces malheureux après lui : ils eussent été mutilés, massacrés, il est vrai ; mais il ne fût venu dans l’idée de personne de lui adresser aucun reproche.

Tous ces raisonnemens, quelque inattaquables qu’ils fussent, seraient vains, inutiles, tant sont grands et infaillibles les effets du mensonge et de la déclamation que souffle le vent des circonstances passionnées. Le crime imaginaire restera dans toutes les bouches, il se gravera dans toutes les imaginations, et pour le vulgaire et sa masse il est désormais et à jamais un fait constant et prouvé.

Ce qui surprendra ceux qui ne savent pas combien il faut se défier des rumeurs publiques, et ce que je me plais à consigner ici, pour montrer une fois de plus de quelle manière peut s’écrire l’histoire, c’est que le grand maréchal Bertrand, qui était lui-même de l’armée de l’Egypte, à la vérité dans un grade inférieur qui n’admettait aucun contact direct avec le général en chef, avait cru lui-même, jusqu’à Sainte-Hélène, l’histoire de l’empoisonnement exercé sur une soixantaine de malades ; le bruit en était répandu accrédité dans l’armée même. Or, que répondre à ceux qui vous disaient victorieusement : « C’est bien vrai, je le tiens précisément des officiers qui s’y trouvaient ». Et pourtant il n’en était rien.

Voici ce que j’ai recueilli de la source la plus élevée, de la bouche de Napoléon même :

1° Que le nombre des pestiférés dont il s’agit n’était, selon le rapport fait au général en chef, que de sept ;
2° Que ce n’est pas le général en chef, mais un homme de la profession même, qui, au moment de la crise, proposa d’administrer l’opium ;
3° Que cet opium n’a été administré à aucun ;
4° Que la retraite s’étant faite avec lenteur, une arrière-garde a été laissée trois jours dans Jaffa ;
5° Qu’à son départ, les pestiférés avaient expiré, à l’exception d’un ou de deux que les Anglais ont dû trouver vivans.

N.B. « Depuis mon retour, ayant eu la facilité de causer avec ceux-là mêmes que leur état ou leur profession rendait naturellement les premiers acteurs de cette scène, ceux dont la déposition avait le droit de passer pour officielle et authentique, j’ai eu la curiosité de descendre aux plus petits détails, et voici ce que j’en ai recueilli :

« Les malades dépendans du chirurgien en chef, c’est-à-dire les blessés, ont tous été évacués sans exception, à l’aide des chevaux de tout l’état-major, sans en excepter même ceux du général en chef, qui marcha long-temps à pied, comme tout le reste de l’armée ; ceux-là demeurent donc hors de la question.

« Le reste dépendant du médecin en chef, et au nombre de vingt environ, se trouvant dans un état absolument désespéré, tout-à-fait intransportable, et l’ennemi approchant, il est très vrai que Napoléon demanda au médecin en chef si ce ne serait pas un acte d’humanité que de leur donner de l’opium ; il est très vrai encore qu’il lui fut répondu qu’il lui fut répondu alors par ce médecin : que son état était de guérir, et non de tuer ; réponse qui, semblant plutôt s’adapter à un ordre qu’à un objet en discussion, a servi de base peut-être à la malveillance et à la mauvaise foi, pour créer et répandre la fable qui a couru depuis partout à ce sujet.

« Du reste, tous les détails obtenus par moi ont donné pour résultat incontestable :
1° Que l’ordre n’a pas été donné d’administrer de l’opium aux malades ;
2° Qu’il n’existait même pas en cet instant, dans la pharmacie de l’armée, un seul grain d’opium pour le service des malades ;
3° Que l’ordre eût-il été donné et eût-il existé de l’opium, les circonstances du moment et les situations locales, qu’il serait trop long de déduire ici, eussent rendu l’exécution impossible ».

A présent voici ce qui a pu aider à établir et peut en quelque sorte excuser l’erreur de ceux qui se sont obstinés à soutenir avec acharnement des faits contraires :

« Quelques-uns de nos blessés, qui avaient été embarqués, tombèrent entre les mains des Anglais ; or, on manquait de tous médicamens dans le camp, et on y avait pourvu par des compositions extraites d’arbres ou de végétaux indigènes ; les tisanes et autres médicamens y étaient d’un goût et d’une apparence horribles. Ces prisonniers, soit pour se faire plaindre davantage, soit qu’ils eussent eu vent de l’opium projeté, soit enfin qu’ils le crussent, à cause de la nature des médicamens qu’on leur avait administrés, dirent aux Anglais qu’ils venaient d’échapper, comme par miracle, à la mort, ayant été empoisonnés par leurs officiers de santé : voilà pour la colonne du chirurgien en chef.

« Voici pour les autres. L’armée avait eu le malheur d’avoir pour pharmacien en chef un misérable auquel on avait accordé cinq chameaux pour apporter au Caire la masse des médicamens nécessaires pour l’expédition. Il eut l’infamie d’y substituer, pour son propre compte, du sucre, du café, du vin et autres comestibles, qu’il vendit ensuite avec un bénéfice énorme. Quand la fraude vint à être découverte, la colère du général en chef fut sans bornes, et ce misérable fut condamné à être fusillé ; mais tous les officiers de santé, si distingués par leur courage, et si chers à l’armée par leurs soins, accoururent implorer le général, lui témoignant que l’honneur de leur corps en demeurerait flétri ; le coupable échappa donc. Et plus tard, quand les Anglais s’emparèrent du Caire, il les joignit, et fit cause commune avec eux ; mais, ayant renouvelé quelque brigandage de sa façon, il fut condamné par eux à être pendu, et il n’échappa que par ses imprécations contre le général en chef Bonaparte, qu’en débitant mille horreurs sur son compte, et en se proclamant authentiquement lui-même comme ayant été celui qui, par ses ordres, avait administré l’opium aux pestiférés : son pardon fut la condition et devint le prix de ses calomnies. Voilà sans doute les premières sources où puisèrent ceux qui n’ont pas été mus par la mauvaise foi.

« Du reste, le temps a déjà fait pleine justice de cette absurde calomnie, comme de tant d’autres qu’on avait entassées sur le même caractère, et il l’a fait avec une telle rapidité, qu’en relisant mon manuscrit, je me suis trouvé embarrassé de l’importance que j’avais mis à combattre un fait qu’on n’oserait plus soutenir aujourd’hui. Toutefois j’ai voulu conserver ce que j’écrivais alors, comme un témoignage de l’impression du moment, et si aujourd’hui j’y ai ajouté de nouveaux détails, c’est que je me les suis trouvés sous la main, et que j’ai pensé qu’il était précieux de les consigner comme historiques ».

***

M. le général Wilson, dans son erreur, s’est vanté avec complaisance d’avoir été le premier à faire connaître et propager en Europe ces odieuses atrocités. Il est à croire que sir Sidney Smith, son compatriote, lui disputera cet honneur ; d’autant plus qu’en grande partie il pourrait réclamer avec justice celui de leur invention. C’est dans sa fabrique et dans le système de corruption qu’il avait importé dans ces parages, qu’ont pris naissance tous ces bruits mensongers qui inondé l’Europe, au grand détriment de notre brave armée d’Egypte.

On sait que sir Sidney Smith ne s’occupait qu’à débaucher notre armée : les fausses nouvelles d’Europe, la diffamation du général en chef, les offres les plus séduisantes aux officiers et aux soldats, tout lui était bon : les pièces sont publiques, on connaît ses proclamations. Un moment elles inquiétèrent même assez le général français pour qu’il s’occupât d’y remédier ; ce qu’il fit en interdisant toute communication avec les Anglais, et mettant à l’ordre du jour que leur commodore était devenu fou ; ce qui fut cru dans l’armée, et désespéra sir Sidney Smith, qui, dans sa fureur, envoya un cartel à Napoléon. Celui-ci fit répondre qu’il avait de trop grandes affaires en tête pour s’occuper de si peu de chose ; que si c’était le grand Marlborough, encore passe, il verrait ; mais que si le marin anglais avait absolument besoin de brétailler, il allait neutraliser quelques toises sur la plage, et y envoyer un des bravaches de l’armée ; que là le fou de commodore pourrait débarquer, et s’en donner à cœur joie.

Mais, puisque me voilà sur l’Egypte, je vais réunir ici ce que mes conversations éparses m’ont fourni, et ce qui pourrait ne pas se trouver dans les Mémoires de la campagne d’Egypte, dictés par Napoléon au grand maréchal.

La campagne d’Italie montre tout ce que le génie et les conceptions militaires peuvent enfanter de plus brillant et de plus positif ; les vues diplomatiques, les talens administratifs, les mesures législatives, y sont constamment en harmonie avec les prodiges de guerre ; ce qui frappe encore et complète le tableau, c’est l’ascendant subit et irrésistible du jeune général ; l’anarchie de l’égalité, la jalousie républicaine, tout disparaît devant lui ; il n’est pas jusqu’à la ridicule souveraineté du Directoire que ne semble aussitôt suspendue : le Directoire ne demande pas de comptes au général en chef de l’armée d’Italie, il les attend ; il ne lui prescrit point de plan, ne lui ordonne point de système, mais il reçoit de lui des relations de victoires, des conclusions d’armistices, des renversemens d’Etats anciens, des créations d’Etats nouveaux, etc., etc…..

Eh bien ! tout ce qu’on admire dans la campagne d’Italie se retrouve dans l’expédition d’Egypte. Celui qui observe et qui réfléchit même que tout cela s’y élève encore plus haut, par les difficultés de tout genre qui donnent à cette expédition une physionomie particulière, et requièrent de son chef plus de ressources et de créations ; car ici tout est différent : le climat, le terrain, les habitans, leur religion, leurs mœurs, la manière de combattre, etc., etc…..

Les Mémoires de la campagne d’Egypte fixeront les idées qui ne furent, dans le temps, que des conjectures et des discussions pour une partie de la société.

1° L’expédition d’Egypte fut entreprise au grand désir mutuel du Directoire et du général en chef.
2° La prise de Malte ne fut point due à des intelligences particulières, mais à la sagacité du général en chef : « C’est dans Mantoue que j’ai pris Malte », nous disait un jour l’Empereur « c’est le généreux traitement employé à l’égard de Wurmser qui me valut la soumission du grand maître et de ses chevaliers ».
3° L’acquisition de l’Egypte fut calculée avec autant de jugement qu’exécutée avec habileté. Si Saint-Jean d’Acre eût cédé à l’armée française, une grande révolution s’accomplissait dans l’Orient, le général en chef y fondait un empire, et les destinées de la France se trouvaient livrées à d’autres combinaisons.
4° Au retour de la campagne de Syrie, l’armée française n’avait presque pas fait de pertes ; elle était dans l’état le plus formidable et le plus prospère.
5° Le départ du général en chef pour la France fut le résultat du plan le plus magnanime, le plus grand. On doit rire de l’imbécilité de ceux qui considèrent ce départ comme une évasion ou une désertion.
6° Kléber tomba victime du fanatisme musulman ; rien ne peut autoriser, en quoi que ce soit, l’absurde calomnie qui essaya d’attribuer cette catastrophe à la politique de son prédécesseur ou aux intrigues de celui que lui succéda.
7° Enfin il demeure à peu près prouvé que l’Egypte fut restée à jamais une province française, s’il y eût eu, pour la défendre, tout autre que Menou : rien que les fautes grossières de ce dernier ont pu amener sa perte, etc., etc….

L’Empereur disait qu’aucune armée dans le monde n’était moins propre à l’expédition d’Egypte que celle qu’il y conduisit ; c’était celle d’Italie : il serait difficile de rendre le dégoût, le mécontentement, la mélancolie, le désespoir de cette armée, lors de ses premiers momens en Egypte. L’Empereur avait vu deux dragons sortir des rangs, et courir à toute course se précipiter dans le Nil. Bertrand avait vu les généraux les plus distingués, Lannes, Murat, jeter, dans des momens de rage, leurs chapeaux bordés sur le sable, et les fouler aux pieds en présence des soldats. L’Empereur expliquait ces sentimens à merveille. « Cette armée avait rempli sa carrière, disait-il ; tous les individus en étaient gorgés de richesses, de grades, de jouissances et de considération ; ils n’étaient plus propres aux déserts ni aux fatigues de l’Egypte ; aussi, continuait-il, si elle se fût trouvée dans d’autres mains que les miennes, il serait difficile de déterminer les excès dont elle se fût rendue coupable ».

On complota plus d’une fois d’enlever les drapeaux, de les ramener à Alexandrie, et plusieurs autres choses semblables. L’influence, le caractère, la gloire de leur chef, purent seuls les retenir. Un jour Napoléon, gagné par l’humeur à son tour, se précipita dans un groupe de généraux mécontens, et s’adressant à l’un d’eux, de la plus haute stature : « Vous avez tenu des propos séditieux, lui dit-il avec véhémence ; prenez garde que je ne remplisse mon devoir ; vos cinq pieds dix pouces ne vous empêcheraient pas d’être fusillé dans deux heures ».

Cependant, quant à la conduite vis-à-vis de l’ennemi, l’Empereur disait que cette armée ne cessa jamais d’être l’armée d’Italie, qu’elle fut toujours admirable. Ceux surtout que l’Empereur appelait la faction des amoureux à grands sentimens ne pouvaient être conduits ni gouvernés ; leur esprit était malade ; ils passaient les nuits à chercher dans la lune l’image réfléchie des idoles qu’ils avaient laissées au-delà de la mer. A la tête de ceux-ci se trouvait celui qu’il a solennellement décoré du beau nom de son compagnon d’armes, faible et sans esprit, qui, lorsque le général en chef fut sur le point d’appareiller à Toulon, accourut de Paris en poste, jour et nuit, pour lui dire qu’il était malade et qu’il ne pouvait pas le suivre, bien qu’il fût son chef d’état-major. Le général en chef n’y fit seulement pas attention. Il n’était plus aux pieds de celle qui l’avait dépêché pour s’excuser ; aussi s’embarqua-t-il ; mais, arrivé en Egypte, l’ennui le saisit, il ne put résister à ses souvenirs ; il demanda et obtint de retourner en France. Il prit congé de Napoléon, lui fit ses adieux ; mais revint bientôt après, fondant en larmes, disant qu’il ne voulait pas, après tout, se déshonorer, qu’il ne pouvait pas non plus séparer sa vie de celle du son général.

Il portait une espèce de culte à ses amours : à côté de sa tente il en avait une autre toujours aussi magnifiquement soignée que le boudoir le plus élégant ; elle était consacrée au portrait de sa maîtresse auquel il allait jusqu’à brûler parfois des encens. Cette tente s’est dressée même dans les déserts de Syrie. Napoléon disait en souriant qu’il est arrivé néanmoins qu’on a profané plus d’une fois son temple par un culte moins pur, en y introduisant furtivement des divinités étrangères.

Cette espèce d’Amadis a constamment persisté dans son amour, qui l’a conduit plus d’une fois jusqu’au voisinage de l’idiotisme. Dans sa première rédaction de la bataille de Marengo, le fils sa maîtresse, jeune capitaine au plus, et son aide-de-camp, s’y trouvait nommé cinq ou six fois en souvenir de sa mère : c’était lui, disait l’Empereur, qui avait gagné la bataille ; il fallut que le général en chef jetât le papier au nez du rédacteur.

L’Empereur croyait bien lui avoir donné quarante millions dans sa vie ; mais il pensait que la faiblesse de son esprit, son peu d’ordre, sa ridicule passion, en auraient gaspillé une grande partie.

L’humeur des soldats en Egypte s’exhalait heureusement en mauvaises plaisanteries : c’est ce qui sauve toujours les Français. Ils en voulaient beaucoup au général Cafarelli, qu’ils croyaient l’un des auteurs de l’expédition ; il avait une jambe de bois, ayant perdu la sienne sur les bords du Rhin. Quand, dans leurs murmures, ils le voyaient passer en boitant, ils disaient à ses oreilles : « Celui-là se moque bien de ce qui arrivera ; il est toujours sûr d’avoir un pied en France ».

Les savans étaient aussi l’objet de leurs brocards. Les ânes étaient forts communs dans le pays ; il était peu de soldats qui n’en eussent à leur disposition, et ils ne les nommèrent jamais que leurs demi-savans.

Le général en chef, en partant de France, avait fait une proclamation dans laquelle il leur disait qu’il allait les mener dans un pays où il les enrichirait tous ; qu’il voulait les rendre possesseurs chacun de sept arpens de terre. Les soldats, quand ils se trouvèrent dans le désert, au milieu de cette mer de sable sans limites, ne manquèrent pas de mettre en question la générosité de leur général : ils le trouvaient bien retenu de n’avoir promis que sept arpens. « Le gaillard, disaient-ils, peut bien assurément en donner à discrétion, nous n’en abuserons pas ».

Quand l’armée traversait la Syrie, il n’est pas de soldat qui n’eût à la bouche ces vers de Zaïre :

Les Français sont lassés de chercher désormais
Des climats que pour eux le destin n’a point faits ;
Ils n’abandonnent point leur fertile patrie
Pour languir aux déserts de l’aride Arabie.

Dans un moment de loisir et d’inspection du pays, le général en chef, profitant de la marée basse, traversa la mer Rouge à pied sec, et gagna la rive opposée. Au retour, il fut surpris par la nuit, et s’égara au milieu de la mer montante ; il courut le plus grand danger et faillit périr précisément de la même manière que Pharaon : « Ce qui n’eût pas manqué, disait gaiement Napoléon, de fournir à tous les prédicateurs de la chrétienté un texte magnifique contre moi ».

Ce fut à son arrivée sur la rive arabique qu’il reçut une députation des cénobites du mont Sinaï, qui venaient implorer sa protection et le supplier de vouloir bien s’inscrire sur l’antique registre de leurs garanties. Napoléon se trouva inscrire son nom à la suite d’Ali, de Saladin, d’Ibrahim et de quelques autres !!….

C’est à ce sujet, ou touchant quelque chose de cette nature, que l’Empereur observait que, dans la même année, il avait reçu des lettres de Rome et de la Mecque ; le pape l’appelant son cher fils, et le chérif, le protecteur de la sainte Kaba.

Ce rapprochement extraordinaire doit être, du reste, à peine surprenante dans celui qu’on a vu conduire des armées et sur les sables brûlans du tropique, et dans les steppes glacées du Nord ; qui a failli être englouti par les vagues de la mer Rouge, et a couru des périls dans les flammes de Moscou, menaçant les Indes de ces deux points extrêmes.

Le général en chef partageait la fatigue des soldats ; les besoins étaient quelquefois si grands qu’on était réduit à se disputer les plus petites choses, sans distinction de rang ; ainsi il était telle circonstance, dans le désert, où les soldats auraient à peine cédé leur place à leur général, pour qu’il vînt tremper ses mains dans une source fangeuse. Passant sous les ruines de Péluze, et suffoqué par la chaleur, on lui céda un débris de porte où il put, quelques instans, mettre sa tête à l’ombre. « Et on me faisait là, disait Napoléon, une immense concession ». C’est précisément là qu’en remuant quelques pierres à ses pieds un hasard bien singulier lui présenta une superbe antique connue parmi les savans.

N.B. C’était un camée d’Auguste, seulement ébauché, mais une superbe ébauche. Napoléon le donna au général Andréossi, qui recherchait beaucoup les antiquités ; M. Denon, alors absent, ayant vu plus tard ce camée, fut frappé de sa ressemblance avec Napoléon, qui alors reprit le camée pour lui-même. Depuis il était passé à Joséphine, et M. Denon ne sait plus ce qu’il est devenu. (Détails fournis par M. Denon, depuis mon retour en France).

Quand les Français voulurent se rendre en Asie, ils eurent à traverser le désert qui la sépare de l’Afrique. Kléber, qui commandait l’avant-garde, manqua sa route et s’égara dans le désert. Napoléon, qui le suivait à une demi-journée, vint donner, à la nuit tombante, avec une légère escorte, dans le milieu du camp des Turcs ; il fut vivement poursuivi, et n’échappa que parce que, la nuit venue, les Turcs prirent cette circonstance pour une embûche. Mais qu’était devenu le corps de Kléber ? La plus grande partie de la nuit se passa dans une anxiété cruelle. On reçut enfin des indices par quelques Arabes du désert, et le général en chef courut, sur son dromadaire, à la recherche de ses soldats. Il les trouva dans le plus profond désespoir, à la veille de périr de soif et de fatigue ; de jeunes soldats avaient même brisé leurs fusils. La vue du général sembla les rappeler à la vie, en leur rendant l’espérance. Napoléon leur annonça en effet des vivres et de l’eau qui le suivaient. « Mais quand tout cela eût tardé encore davantage, leur dit-il, serait-ce une raison de murmurer et de manquer de courage ? Non, soldats, apprenez à mourir avec honneur ».

Napoléon voyageait la plupart du temps, dans le désert, sur un dromadaire. La dureté physique de cet animal fait qu’on ne s’occupe nullement de ses besoins ; il mange et boit à peine ; mais sa délicatesse morale est extrême, il se bute et devient furieux contre les mauvais traitemens. L’Empereur disait que la dureté de son trot donnait des nausées, comme le roulis d’un vaisseau ; cet animal fait vingt lieues dans la journée. L’Empereur en créa des régimens, et l’emploi militaire qu’il leur donna fut bientôt la désolation des Arabes. Le cavalier s’accroupit sur le dos de l’animal ; un anneau, passé dans les narines de celui-ci, sert à le conduire : il est très obéissant ; à un certain bruit du cavalier, l’animal s’agenouille pour lui donner la facilité de descendre. Le dromadaire porte des fardeaux très lourds ; on ne le décharge jamais pendant tout le voyage ; arrivé le soir à la station, on place des étais sous le fardeau, l’animal s’accroupit et sommeille ; au jour il se relève, la charge est à sa place, il continue sa route. Le dromadaire n’est qu’une bête de somme, un animal de fardeau et nullement de trait. Toutefois, en Syrie, on était venu à bout de les atteler à des pièces d’artillerie, et de leur faire rendre des services assez essentiels.

Napoléon, que les habitans d’Egypte n’appelaient que le sultan Kébir (père du feu), s’y était rendu très populaire. Il avait inspiré un respect spécial pour sa personne ; partout où il paraissait, on se levait en sa présence ; on n’avait cette déférence que pour lui seul. Les égards constans qu’il eut pour les cheiks, l’adresse avec laquelle il sut les gagner, en avaient fait le véritable souverain de l’Egypte, et lui sauvèrent plus d’une fois la vie ; sans leurs révélations, il eût été victime du combat sacré comme Kléber ; celui-ci, au contraire, s’aliéna les cheiks en en faisant bâtonner un ; et il périt. Bertrand se trouva un des juges qui condamnèrent l’assassin, et il nous le faisait observer un jour à dîner, ce qui fit dire à l’Empereur : « Si les libellistes qui veulent que ce soit moi qui ai fait périr Kléber, le savaient, ils ne manqueraient pas de vous dire l’assassin ou le complice, et concluraient que votre titre de grand maréchal et votre séjour à Sainte-Hélène en ont été la récompense et le châtiment ».

Napoléon causait volontiers avec les gens du pays, et leur montrait toujours des sentimens de justice qui les frappaient. Revenant de Syrie, une tribu arabe vint au-devant de lui, tout à la fois pour lui faire honneur et vendre ses services de transport. « Le chef était malade, il s’était fait remplacer par son fils, de l’âge et de la taille du vôtre que voilà, me disait l’Empereur ; il était sur son dromadaire, marchant à côté du général en chef, le serrant de très près, et causant avec beaucoup de babil et de familiarité. – Sultan Kébir, lui disait-il, j’aurais un bon conseil à vous donner, à présent que vous revenez au Caire. – Eh bien ! parle mon ami ; je le suivrai, s’il est bon. – Voici ce que je ferais, si j’étais de vous : en arrivant au Caire, je ferais venir sur la place le plus riche marchand d’esclaves, et je choisirais pour moi les vingt plus jolies femmes ; je ferais venir ensuite les plus riches marchands de pierreries, et je me ferais donner une bonne part ; je ferais de même de tous les autres ; car à quoi bon régner ou être le plus fort, si ce n’est pour acquérir des richesses ? – Mais, mon ami, s’il était plus beau de les conserver aux autres ? – Cette maxime sembla le faire penser, mais non pas le convaincre. Le jeune homme promettait beaucoup, comme on voit, pour un Arabe ; il était vif, intrépide, conduisait sa troupe avec ordre et hauteur. Peut-être est-il appelé à choisir un jour dans la place du Caire tout ce qu’il conseillait d’y prendre ».

Une autre fois, des Arabes, avec lesquels on était en inimitié, pénétrèrent dans un village de la frontière, et un malheureux fellah (paysan) fut tué. Le sultan Kébir entra dans une grande colère, et donna l’ordre de poursuivre la tribu dans le désert jusqu’à extinction, jurant d’obtenir vengeance. Cela se passait devant les grands cheiks ; l’un d’eux se prit à rire de sa colère et de sa détermination : « Sultan Kébir, lui dit-il, vous jouez là un mauvais jeu : ne vous brouillez pas avec ces gens-là, ils peuvent vous rendre dix fois mal que vous ne pourriez leur en faire. Et puis pourquoi tant de bruit ? Parce qu’ils ont tué un misérable ? Est-ce qu’il était votre cousin (expression proverbiale chez eux) ? – Il est bien mieux que cela, reprit vivement Napoléon, tous ceux que je gouverne sont mes enfans ; la puissance ne m’a été donnée que pour garantir leur sûreté ». Tous les cheiks, s’inclinant à ces paroles, dirent : « Oh ! c’est beau ! tu as parlé comme le prophète ».

La décision de la grande mosquée du Caire, en faveur de l’armée française, fut un chef d’œuvre d’habileté de la part du général en chef : il amena le synode des grands cheiks à déclarer, par un acte public, que les musulmans pouvaient obéir et payer tribut au général français. C’est le premier et le seul exemple de la sorte, depuis l’établissement du Koran qui défend de se soumettre aux infidèles ; les détails en sont précieux ; on les trouvera dans les campagnes d’Egypte.

Il est bizarre sans doute de voir, à Saint-Jean d’Acre, des Européens venir se battre dans une bicoque d’Asie, pour s’assurer la possession d’une partie de l’Afrique ; mais il l’est bien davantage que ceux qui dirigeaient les efforts opposés fussent de la même nation, du même âge, de la même classe, de la même arme, de la même école.

Phelippeaux, aux talens duquel les Anglais et les Turcs durent le salut de Saint-Jean d’Acre, avait été camarade de Napoléon à l’Ecole militaire de Paris ; ils y avaient été examinés avant d’être envoyés à leurs corps respectifs. « Il était de votre taille », me disait un jour l’Empereur, qui venait d’en dicter l’éloge dans un des chapitres de la campagne d’Egypte, après y avoir mentionné tout le mal qu’il en avait reçu. « Sire, répondais-je, il y avait bien plus d’affinité encore ; nous avions été intimes et inséparables à l’Ecole militaire. En passant par Londres avec sir Sidney Smith, dont il venait de procurer l’évasion du Temple, il me fit chercher partout ; je ne le manquai à son logement que d’une demi-heure ; je l’eusse probablement suivi, je ne faisais rien alors, des aventures m’eussent paru séduisantes, et pourtant quelle combinaison nouvelle dans nos destinées !!!

« C’est parce que je sais toute la part que le hasard a sur nos déterminations politiques, disait à ce sujet l’Empereur, que j’ai toujours été sans préjugés, et fort indulgent sur le parti que l’on avait suivi dans nos convulsions être bon Français, ou vouloir le devenir, était tout ce qu’il me fallait ». Et l’Empereur comparait la confusion de nos troubles à des combats de nuit, où souvent l’on frappe sur le voisin au lieu de frapper sur l’ennemi, et où tout se pardonne au jour, quand l’ordre s’est rétabli et que tout s’est éclairci. « Et moi-même puis-je affirmer, disait-il, malgré mes opinions naturelles, qu’il n’y eût pas eu telles circonstances qui eussent pu me faire émigrer ? Le voisinage de la frontière, une liaison d’amitié, l’influence d’un chef, etc. En révolution, on ne peut affirmer que ce qu’on a fait : il ne serait pas sage d’affirmer qu’on n’aurait pas pu faire autre chose ». Et il citait à ce sujet un exemple bien singulier du hasard sur les destinées : Serrurier et Hédouville cadet marchent de compagnie pour émigrer en Espagne ; une patrouille les rencontre : Hédouville, plus jeune, plus leste, franchit la frontière, se croit très heureux, et va végéter misérablement en Espagne. Serrurier, obligé de rebrousser dans l’intérieur, et s’en désolant, devient maréchal : voilà pourtant ce qui en est des hommes, de leurs calculs et de leur sagesse !

A Saint-Jean d’Acre, le général en chef perdit Caffarelli, qu’il aimait extrêmement et dont il faisait le plus grand cas ; celui-ci portait une espèce de culte à son général en chef ; l’influence était telle, qu’ayant eu plusieurs jours de délire avant de mourir, lorsqu’on lui annonçait Napoléon, ce nom semblait le rappeler à la vie ; il se recueillait, reprenait ses esprits, causait avec suite, et retombait aussitôt après son départ : cette espèce de phénomène se renouvela toutes les fois que le général en chef vint auprès de lui.

Napoléon reçut, durant le siège de Saint-Jean-d’Acre, une preuve de dévouement héroïque et bien touchante : étant dans la tranchée, une bombe à ses pieds, deux grenadiers se jetèrent aussitôt sur lui, le placèrent entre eux deux, et, élevant les bras au-dessus de sa tête, le couvrirent de toutes parts. Par bonheur, la bombe respecta tout le groupe ; nul ne fut touché.

Un de ces braves grenadiers a été depuis le général Daumesnil, l’autre était Souchon qui trois fois reçut des armes d’honneur.

Daumesnil, demeuré si populaire parmi les soldats sous le nom de la jambe de bois, avait perdu une jambe dans la campagne de Moscou, et commandait la place de Vincennes lors de l’invasion de 1814. La capitale était occupée depuis plusieurs semaines par les alliés que Daumesnil tenait encore. Il n’était alors question, dans tout Paris, que de son obstination à se défendre, et de la gaîté de sa réponse aux sommations russes : « Quand vous me rendrez ma jambe, je vous rendrai ma place ».

Mais à côté de la plaisanterie, voici du sublime : l’ennemi convoitait fort l’immense matériel renfermé dans la place dont la valeur dépassait cent millions. N’obtenant rien de la menace, il eut recours à la séduction ; un million fut offert à Daumesnil qui répondait froidement : « Vous ne serez pas plus heureux contre ma pauvreté ; je ne veux rien, et mon refus sera la richesse de mes enfans ».

Qui croirait qu’un tel acte dont on devrait être si fier d’embellir notre histoire et qu’on devrait être si empresser de présenter à l’imitation, viendrait échouer deux fois contre la proposition d’une récompense et d’une consécration nationales ! Comment expliquer un pareil refus que de meilleurs temps tiendront pour incroyable ! Mais ce que n’ont pas voulu faire les organes de la représentation nationale, très peu amis en ce moment d’un patriotisme trop exalté, le peuple le fera par lui-même ; des souscriptions particulières acquitteront la dette du trésor public, et la mémoire de Daumesnil n’y aura rien perdu.

L’armée française s’était acquis en Egypte une réputation sans égale, et elle le méritait ; elle avait dispersé et frappé de terreur les célèbres Mamelouks, la milice la plus redoutable de l’Orient. Après la retraite de Syrie, une armée turque vînt débarquer à Aboukir ; Mourad-Bey, le plus brave et le plus capable des Mamelouks, sortit de la haute Egypte où il s’était réfugié, et gagna, par des chemins détournés, le camp des Turcs. Au débarquement de ceux-ci, les détachemens français s’étaient repliés pour se concentrer : fier de cette apparence de crainte, le pacha qui commandait dit avec emphase, en apercevant Mourad-Bey : « Eh bien ! ces Français tant redoutés, dont tu n’as pu soutenir la présence, je me montre, les voilà qui fuient devant moi ! » Mourad-Bey, vivement blessé, lui répondit avec une espèce de fureur : « Pacha, rends grâce au Prophète qu’il convienne à ces Français de se retirer ; car s’ils se retournaient, tu disparaitrais devant eux comme la poussière devant l’aquilon ».

Il prophétisait : à quelques jours de là, les Français vinrent fondre sur cette armée ; elle disparut et Mourad-Bey, qui eut des entrevues avec plusieurs de nos généraux, ne revenait pas de la petitesse de leur taille, et de l’état chétif de leur personne : les Orientaux attachent une haute importance aux formes de la nature ; ils ne concevaient pas comment tant de génie pouvait se trouver sous une si mince enveloppe. La vue seule de Kléber satisfit leur pensée : c’était un homme superbe, mais de manières très dures. La sagacité des Egyptiens leur avait fait deviner qu’il n’était pas Français ; en effet, bien qu’Alsacien, il avait passé ses premières années dans l’armée prussienne, et pouvait être pris pour un pur Allemand. L’un de nous prétendit qu’il avait été janissaire dans sa jeunesse, ce qui fit rire beaucoup l’Empereur, qui lui dit qu’on s’était moqué de lui.

Le grand maréchal disait à l’Empereur qu’à la bataille d’Aboukir il se trouvait pour la première fois dans son armée, et près de sa personne : il était si peu fait, continuait-il, à l’audace de ses manœuvres, qu’il comprit à peine aucun des ordres qu’il entendit donner. « Surtout, Sire, disait-il, quand je vous entendis crier à un officier de vos guides : Allons, mon cher Hercule, prenez vingt-cinq hommes, et chargez-moi cette canaille. – Vraiment je me crus hors de mes sens : Votre Majesté montrait de la main peut-être mille chevaux turcs ».

Du reste, les pertes de l’armée d’Egypte sont loin d’être aussi considérables que pourraient le faire présumer un sol aussi étranger, l’insalubrité du climat, l’éloignement de toutes les ressources de la patrie, les ravages de la peste, et surtout les nombreux combats qui ont immortalisé cette armée. Ellet était, au débarquement, de trente mille hommes ; elle s’accrut de tous les débris de la bataille navale d’Aboukir, et peut-être encore de quelque arrivage partiel de France ; et cependant la perte totale, depuis l’entrée en campagne jusqu’à deux mois après le départ du général en chef pour l’Europe, c’est-à-dire dans l’espace de vingt-sept à vingt-huit mois, ne s’élève qu’à huit mille neuf cent quinze, ainsi que le prouve le document officiel de l’ordonnateur en chef de cette armée*

Assurément il faut bien que la vie d’un homme soit pleine de prodiges, pour qu’on arrête à peine sur un des actes dont on ne trouve pas d’exemples dans l’histoire. Quand César passa le Rubicon, et que la souveraineté en fut le résultat, César avait une armée, et marchait dans sa propre défense. Quand Alexandre, poussé par l’ardeur de la jeunesse et par le feu de son génie, alla débarquer en Asie pour faire la guerre au grand roi, Alexandre était fils d’un roi, roi lui-même, et il courait aux chances de l’ambition et de la gloire à la tête des forces de son royaume. Mais qu’un simple particulier, dont le nom trois ans auparavant était inconnu à tous, qui n’avait eu en cet instant d’autre auxiliaire que quelques victoires, son nom et la conscience de son génie, ait osé concevoir de saisir à lui seul les destinées de trente millions d’hommes, de les sauver des défaites du dehors et des dissensions du dedans ; qu’ému à la lecture des troubles qu’on lui peignait, à l’idée des désastres qu’il prévoyait, il se soit écrié : « De beaux parleurs, des bavards perdent la France ! Il est temps de la sauver ! » Qu’il ait abandonné son armée, traversé les mers, au péril de sa liberté, de sa réputation ; atteint le sol français, volé dans la capitale ; qu’il y ait saisi en effet le timon, arrêté court une nation ivre de tous les excès ; qu’il l’ait replacée subitement dans les sentiers de la raison et des principes ; qu’il lui ait préparé, dès cet instant, un jet de puissance et de gloire inconnue jusque-là, et que le tout se soit accompli sans qu’il en coutât une larme ou une goutte de sang à personne, c’est ce qu’on peut appeler une des plus gigantesques et des plus sublimes entreprises dont on ait jamais entendu parler ; c’est ce qui saisira d’étonnement et d’admiration une postérité calme, sans passions ; et c’est pourtant ce que les gens du temps qualifièrent d’évasion désespérée, d’infâme désertion. Toutefois l’armée qu’il laissa après lui occupa l’Egypte deux ans encore. L’opinion de l’Empereur était qu’elle ne devait même jamais y être forcée ; le grand maréchal, qui y est resté jusqu’au dernier instant, en convenait aussi.

Après le départ du général en chef pour la France, Kléber, qui lui succéda, circonvenu et séduit par des faiseurs, traita de l’évacuation de l’Egypte ; mais quand le refus des ennemis l’eut contraint de s’acquérir une nouvelle gloire et de mieux connaître ses forces, il changea tout-à-fait de pensée, et devint lui-même partisan de l’occupation de l’Egypte ; ce devint aussi le sentiment général de l’armée. Kléber alors ne s’occupa plus qu’à s’y maintenir ; il éloigna de lui les meneurs qui avaient dirigé sa première intention, et ne s’entoura plus que de l’opinion contraire. L’Egypte n’eût jamais couru de dangers s’il eût vécu ; sa mort seule en amena la perte. Alors l’armée se partagea entre Menou et Regnier ; ce ne fut plus qu’un champ d’intrigues ; la force et le courage des Français restèrent les mêmes ; mais l’emploi ou la direction qu’en fit le général ne ressemblèrent plus à rien.

Menou était tout-à-fait incapable. Les Anglais vinrent l’attaquer avec vingt mille hommes ; il avait des forces beaucoup plus nombreuses, et le moral des deux armées ne pouvait pas se comparer. Par un aveuglement inconcevable, Menou se hâta de disperser toutes ses troupes, dès qu’il apprit que les Anglais paraissait ; ceux-ci se présentèrent en masse, et ne furent attaqués qu’en détail. Ici l’Empereur disait : « Comme la fortune est aveugle ! Avec des mesures inverses, les Anglais eussent été infailliblement détruits, et que de nouvelles chances pouvait amener un tel échec ! »

Leur débarquement du reste, fut admirable, disait le grand maréchal ; en moins de cinq à six minutes ils présentèrent cinq mille cinq cents hommes en bataille, c’était un mouvement d’opéra ; ils en firent trois pareils. Douze cents hommes seuls s’opposèrent à ce que débarquement, et causèrent beaucoup de dommage. A très peu de temps de là cette masse de treize à quatorze mille hommes fut intrépidement attaquée par le général Lanusse, qui n’en avait que trois mille, et qui, brûlant d’ambition, et ne désespérant pas d’en venir à bout à lui seul, ne voulut attendre personne ; il renversa tout, d’abord, fit un carnage immense, et succomba. S’il eût eu seulement deux à trois mille hommes de plus, il remplissait son projet.

Les Anglais furent bien surpris quand ils jugèrent par eux-mêmes de notre situation en Egypte, et s’estimèrent bien heureux de la tournure qu’avaient prise les affaires.

Le général Hutchinson, qui recueillit la conquête, disait plus tard en Europe que, s’ils avaient connu le véritable état des choses, ils n’auraient certainement jamais tenté le débarquement ; mais on était persuadé en Angleterre qu’il n’y avait pas six mille Français en Egypte. Cette erreur venait des lettres interceptées et des intelligences dans le pays même. « Tant il est dans le caractère français, disait l’Empereur, d’exagérer, de se plaindre et de tout défigurer dès qu’on est mécontent. La foule de ces rapports pourtant n’était que le résultat de la mauvaise humeur ou des imaginations malades : il n’y avait rien à manger en Egypte, écrivait-on ; toute l’armée avait péri à chaque nouvelle bataille ; les maladies avaient tout emporté, il ne restait plus personne, etc. »

La continuité de ces rapports avait fini par persuader Pitt ; et comment ne l’eût-il pas été ? Par une bizarrerie des circonstances, les premières dépêches de Kléber adressées au Directoire et les lettres de l’armée furent reçues à Paris précisément par l’ancien général d’Egypte, qui venait d’exécuter le dix-huit brumaire ; et qu’on explique, si l’on peut, les contradictions qu’elles renfermaient ; qu’on se serve, si l’on veut ensuite, d’autorités individuelles pour soutenir son opinion. Kléber, général en chef, mandait au Directoire qu’il n’avait que six mille hommes ; et, dans le même paquet, les états de l’inspecteur aux revues en montraient au-delà de vingt mille. Il disait qu’il était sans argent, et les comptes du trésor montraient de grandes sommes. Il disait que l’artillerie n’était plus qu’un parc retranché, vide de toutes munitions, et les états de cette arme constataient des approvisionnemens pour plusieurs campagnes. « Aussi, disait Napoléon, si Kléber, en vertu du traité qu’il avait commencé, avait évacué l’Egypte, je n’eusse pas manqué de le mettre en jugement à son arrivée en France. Toutes ces pièces contradictoires avaient été déjà soumises à l’examen et à l’opinion du Conseil d’Etat ».

Qu’on juge, d’après les lettres de Kléber, le général en chef, ce que pouvaient être celles d’un rang inférieur, celles des simples soldats. Voilà cependant ce que les Anglais interceptaient tous les jours, ce qu’ils ont imprimé, ce qui a dirigé leurs opérations, ce qui aurait dû leur coûter bien cher. L’Empereur, dans toutes ses campagnes, disait-il, a toujours vu le même effet des lettres interceptées, et quelquefois il en a recueilli de grands fruits.

Dans les lettres qui lui tombaient alors dans les mains, il trouva des horreurs contre sa personne ; elles durent lui être d’autant plus sensibles, que plusieurs venaient de gens qu’il avait comblés, auxquels il avait donné sa confiance, et qu’il croyait lui être fort attachés. Un d’eux dont il avait fait la fortune, et sur lequel il devait compter le plus, mandait que le général en chef venait de s’évader, volant deux millions au trésor. Heureusement, dans ces mêmes dépêches, les comptes du payeur témoignaient que le général n’avait pas même pris la totalité de son traitement. « A cette lecture, disait l’Empereur, j’éprouvai un vrai dégoût des hommes : ce fut le premier découragement moral que j’aie senti ; et s’il n’a pas été le seul, du moins il a été peut-être le plus vif. Chacun dans l’armée me croyait perdu, et l’on s’empressait déjà de faire sa cour à mes dépens ». Du reste, cette même personne tenta depuis de rentrer en faveur : l’Empereur dit qu’il n’empêcha point qu’on l’employât subalternement ; mais il ne voulut jamais le revoir : il répondait constamment qu’il ne le connaissait pas ; ce fut là toute sa vengeance.

L’Empereur répétait jusqu’à satiété que l’Egypte devait demeurer à la France, et qu’elle y fut infailliblement demeurée si elle eût été défendu par Kléber ou Desaix. C’étaient ses deux lieutenans les plus distingués, disait-il ; tous deux d’un grand et rare mérite, quoique d’un caractère et de dispositions bien différens. On en trouvera les portraits dans les Mémoires de la campagne d’Egypte.

Kléber était le talent de la nature : celui de Desaix était entièrement celui de l’éducation et du travail. Le génie de Kléber ne jaillissait que par momens, quand il était réveillé par l’importance de l’occasion, et il se rendormait aussitôt après au sein de la mollesse et des plaisirs. Le talent de Desaix était de tous les instans, il ne vivait, ne respirait que l’ambition noble et la véritable gloire : c’était un caractère tout-à-fait antique. L’Empereur dit que sa mort a été la plus grande perte qu’il ait pu faire ; leur conformité d’éducation et de principes eût fait qu’ils se seraient toujours entendus ; Desaix se serait contenté du second rang, et fût toujours demeuré dévoué et fidèle. S’il n’eût pas été tué à Marengo, le Premier Consul lui eût donné l’armée d’Allemagne, au lieu de la continuer à Moreau. Du reste, une circonstance bien extraordinaire dans la destinée de ces deux lieutenans de Napoléon, c’est que le même jour et à la même heure où Desaix tombait à Marengo d’un coup de canon, Kléber périssait assassiné au Caire.

*Tués dans les combats ….. 3,614
Morts de leurs blessures ….. 854
Morts par accidens ….. 290
Morts par maladies ordinaires ….. 2,468
Morts de la fièvre pestilentielle ….. 1,689
TOTAL ….. 8,915

L’ordonnateur en chef, SARTELON.
Au Caire, le 10 frimaire an IX.

A propos mouvementbonapartiste

JOURNAL OFFICIEL DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE 6 février 2010 1016 - * Déclaration à la préfecture de Meurthe-et-Moselle. MOUVEMENT BONAPARTISTE Objet : défendre, faire connaître et étendre les principes et valeurs du Bonapartisme. Il s’appuie sur l’adhésion populaire à une politique de redressement conjuguant les efforts des particuliers, associations et services de l’État. Le mouvement défend les principes bonapartistes sur lesquels il est fondé, et qui régissent son fonctionnement intérieur. Il défend également la mémoire de Napoléon le Grand, ainsi que celle de Napoléon III et de leurs fils, Napoléon II et Napoléon IV. Il reconnait Napoléon IV comme ayant régné sans avoir gouverné, en vertu du plébiscite de mai 1870. Le mouvement ne reconnait pas d’empereur après 1879, en vertu de l’absence de plébiscite. Républicain, il privilégie le bonheur, les intérêts et la gloire des peuples, et n’envisage de rétablissement de l’Empire que si les fondements en sont républicains et le régime approuvé par voie référendaire.
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